SCÈNE IX

Le théâtre représente une autre partie de la plaine.

Entre HECTOR.

HECTOR.—Coeur gangrené, sous de si beaux dehors, ta belle armure t'a coûté la vie! A présent ma tâche de ce jour est finie, je vais reprendre haleine. Repose-toi, mon épée: tu es rassasiée de sang et de carnage.

(Il ôte son casque et suspend son bouclier derrière lui.)

(Achille survient à la tête de ses Myrmidons.)

ACHILLE.—Regarde, Hector, vois: le soleil est prêt à se coucher; vois comme la nuit hideuse suit la trace de l'astre au moment où il va s'abaisser sous l'horizon, et faire place aux ténèbres pour terminer le jour: la vie d'Hector est finie.

HECTOR.—Je suis désarmé. N'abuse pas de cet avantage, Grec.

ACHILLE.—Frappez, soldats, frappez! c'est lui que je cherche. (Hector tombe.) Ilion, tu vas tomber après lui; Troie, tombe en ruines! ici gisent ton coeur, tes os et tes muscles.—Allons, Myrmidons; et criez tous de toutes vos forces: Achille a tué le puissant Hector! (On sonne la retraite.) Écoutez: on sonne la retraite du côté des Grecs.

UN MYRMIDON.—Les trompettes de Troie la sonnent aussi, seigneur.

ACHILLE.—Les dragons de la nuit étendent leurs ailes sur la terre et séparent les deux armées comme les juges du combat; mon épée à demi rassasiée, qui aurait volontiers achevé son repas, charmée de ce morceau friand, rentre ainsi dans son lit. (Il remet son épée dans le fourreau.)—Allons, liez son corps à la queue de mon cheval: je veux traîner ce Troyen le long de la plaine.

(Ils sortent.)