Le petit Louis ne connaît pas le danger.

Longtemps après, un jour que M. le curé était chez Jeanne, on entendit crier sur le chemin. Ils se mirent sur la galerie pour voir ce qui occasionnait ce bruit. C'était une petite fille qui courait après sa vache, que les taons avaient mise en furie. La bête allait passer sur le corps des deux filles de Marguerite, qui venaient de chercher de l'herbe pour leur chèvre, quand Louis, qui était descendu sans que sa mère le vît, lui sauta aux cornes comme elle baissait la tête, et la retint sans bouger. Quoiqu'il n'eût que dix ans, on lui en eût bien donné quatorze pour la taille et la vigueur.

Jeanne, qui en voyant cela était plus morte que vive, eut le sang-froid de prendre une corde avant de descendre; elle l'attacha aux cornes de la vache, pendant que M. le curé liait l'autre bout à une de ses jambes, et Louis la laissa aller.

«Mon cher enfant, dit Jeanne toute tremblante et en l'embrassant, tu te serais fait tuer!

--Ne vaudrait-il pas mieux que je fusse auprès du bon Dieu que de vous gêner sur terre, moi qui ne suis bon à rien?

--Il me dit souvent des choses semblables, pourtant! dit-elle en regardant M. le curé.

--Louis, dit M. le curé, chacun a sa place dans le monde, suivant les desseins de Dieu; si tu étais mort par ta faute, il n'eût pas été content de toi.

--Mais cette mauvaise bête allait renverser les petites filles; il fallait bien l'arrêter.

--Tu es un brave garçon, Louis; tu verras Dieu un jour comme tu me vois.

--Bien sûr?

--Bien sûr; je te le promets.»

Et les yeux de l'enfant brillèrent comme des étoiles.