Marguerite vient encore chercher Jeanne.
Marguerite alla trouver Jeanne, et lui dit:
«Il faut pourtant que tu ailles chez M. le curé pour le prier de venir voir Pierre, qui est revenu; moi, je n'oserais pas.
--Pourquoi donc? est-ce qu'il est encore malade?
--Il est pis que jamais.»
Jeanne alla chercher M. le curé, qui recula en voyant les deux jambes de Pierre.
«Malheureux garçon! vous n'avez donc pas tenu compte de ce que je vous ai dit?
--Dame! quand j'ai vu, monsieur, que vous m'aviez si bien guéri, j'ai cru que je pouvais travailler comme les autres.»
Jeanne regarda Marguerite, qui rougit et détourna la tête.
Pierre, je vous l'ai déjà dit, on est toujours puni quand on fait mal. Vous n'avez pas voulu me croire, moi, votre pasteur, et qui vous ai soigné si longtemps; aujourd'hui, je ne puis plus vous guérir, parce qu'il vous faut des soins et une nourriture que vous ne pourrez pas trouver chez votre frère. Je vais tâcher de vous faire entrer à l'hôpital de Bourges.
--A l'hôpital, monsieur!
--Oui, Pierre, à l'hôpital; vous y serez bien traité; je vous recommanderai aux soeurs et à M. l'aumônier, qui s'occuperont de vous trouver un apprentissage quand vous serez guéri. Je ne vois que trois états qui vous conviennent: tailleur, cordonnier ou tisserand; encore les jambes fatiguent-elles trop dans ce dernier métier.
--Monsieur le curé, j'aimerais l'état de tailleur; je sais tenir une aiguille, parce que je fais des chapeaux de paille, et je sens que je n'y serais pas maladroit.»