Maître Gerbaud se pique de générosité.
M. le curé dit que Jeanne agissait et parlait en honnête fille, et que Gerbaud ne voudrait certainement pas qu'elle fût dupe de sa probité.
«Non, monsieur le curé, elle ne sera pas dupe avec moi: ils disent tous qu'elle a soigné ma pauvre tante aussi bien que si c'eût été sa propre fille; et, pour lui prouver que je lui en sais bon gré, nous partagerons par moitié l'argent qui se trouvera. Qu'en dites-vous? est-ce bien comme ça?
--Oui, Gerbaud, c'est bien.»
On ouvrit l'armoire, et l'on en tira d'abord les huit draps de Jeanne, qui étaient marqués à son nom. En bouleversant tout, on trouva, derrière un paquet de vieux linge, cent pièces de cinq francs, dans un bas bleu qui servait de bourse à la mère Nannette.
«Je crois, dit Gerbaud, qu'il y a longtemps que le premier écu a été mis au fond de cette bourse; car ma tante avait bien juste de quoi vivre.
--Mais elle était si ménagère, dit une voisine, et elle travaillait tant!»
Gerbaud prit deux cent cinquante francs, qu'il donna à Jeanne.
«Non, maître Gerbaud, pas tant que ça; je n'ai pas pu gagner une si grosse somme.
--Petite, j'ai dit que tu aurais la moitié de l'argent, et je n'ai qu'une parole: ainsi, tu vas prendre cette somme; et, comme c'est toi qui as filé cette pièce de toile qui n'est pas encore entamée, tu en auras aussi la moitié pour ta peine; tu t'en feras des chemises.
--Vous êtes trop bon, dit Jeanne, pour une pauvre fille que vous ne connaissez seulement pas.
--Je ne suis pas plus mauvais qu'un autre, quoique ma tante m'ait gardé rancune, parce qu'autrefois j'ai eu noise avec son mari.
--Et où vas-tu donc mettre tout ça? dit une voisine; ton coffre est trop petit; puis il est si vieux qu'il pourrait bien se défoncer.
--Allons! je vais aussi lui donner l'armoire, et je n'en serai pas plus pauvre.
--Au contraire, Gerbaud, dit M. le curé, vous faites là une bonne action qui vous donnera plus de contentement que vous n'en auriez eu en gardant tout ce que vous cédez si généreusement à Jeanne.»
Tout le monde dit que Gerbaud était un brave homme et qu'il se comportait bien.
«Écoute, Jeanne, dit-il avant de partir, je n'affermerai pas la maison avant Noël; tu peux y rester jusque-là si ça t'arrange. Je te laisse tout le ménage avec la chèvre et les oisons; je vais emmener la vache seulement. Je viendrai après-demain avec ma femme, qui choisira ce qu'elle veut garder, et nous vendrons le reste.»
Après avoir dit cela, il mit dans sa poche l'argent qui lui appartenait, et alla chercher la vache à l'étable. Tout le monde sortit en même temps que lui, à l'exception de M. le curé, qui resta avec Jeanne.