On fait une belle noce à Solange.
On fit la noce au Grand-Bail; maître Tixier, qui était un peu vaniteux, invita plus de cent personnes. Il fallait faire à manger pour tout ce monde-là, et ce n'était pas une petite affaire. On prit des femmes de journée que la maîtresse commandait de son lit; car, quoiqu'elle fût infirme, rien ne se faisait dans la maison sans son avis. Jeanne préparait les viandes et faisait la pâtisserie; Solange veillait à ce qu'il n'y eût pas de gaspillage. La noce se faisait par moitié entre les deux familles, comme c'est la coutume; les Jusserand avaient envoyé leur part de farine, de vin, de beurre, de viande et de volailles, ainsi que de l'huile pour les salades. La noce devait durer trois jours; tout fut prêt à temps, et les cornemuses arrivèrent pour mener la mariée à l'église.
Tout était bien ordonné; on avait mis une table dans la belle chambre pour M. le curé, la famille Dumont, le père et la mère du marié et les parrains et marraines. Maître Tixier la gouvernait, et l'on avait levé la maîtresse, qui était à un bout, dans son grand fauteuil, entourée d'oreillers. La mariée servait avec le marié, et de temps en temps elle allait visiter les autres tables.
«Mon Dieu, mère Tixier, dit la mère Jusserand, on dirait que tu es fâchée d'avoir mon Guillaume pour garçon? C'est pourtant un bon enfant, je t'assure.
--Ce n'est pas cela qui me peine, ma chère; mais tu vas emmener Solange et j'en ai un grand chagrin.
--Laisse donc! elle ne sera pas si loin de toi.
--C'est vrai, mais je ne la verrai plus à tout moment, comme j'en ai la coutume.
--Ma femme, dit maître Tixier, sois donc plus raisonnable; est-ce qu'on a des enfants pour soi? Ne faut-il pas que leur contentement passe avant le nôtre? Voyons, fais-nous donc un meilleur visage! Tiens! voilà nos maîtres qui viennent: ne vas-tu pas leur faire la mine?»
La famille Dumont entra et se mit à table. Les demoiselles avaient apporté une belle couverture de laine blanche à Solange et un gobelet d'argent pour le marié.