Pierre prie Jeanne de le guérir.
«Oh! Jeanne, vous qui savez tant de choses, vous pouvez bien me guérir, si vous le voulez, demanda Pierre.
--Maman, dit Louis, il ne faut pas le guérir.
--Pourquoi donc, petit? repartit Pierre.
--Parce que tu n'aimes pas le bon Dieu.
--Qui est-ce qui t'a dit ça?
--Personne; mais tu as voulu te tuer pour ne pas souffrir, et le bon Dieu ne t'aime plus.
--Entends-tu, Pierre? c'est Dieu qui parle par la bouche du pauvre simple.»
Pendant ce temps-là, on avait fait la soupe au lait, et Pierre la mangea.
«Pierre, dit Jeanne, pourquoi, dès le commencement de votre mal, n'êtes-vous pas allé chez M. le curé, qui est si habile et si secourable?
--Jamais je n'aurais osé lui montrer mes jambes.
--Et vous avez mieux aimé offenser Dieu en cherchant à vous détruire, et rester à la charge de votre frère, qui n'est déjà pas trop à son aise! Je veux bien vous soigner, mais seulement quand M. le curé aura vu votre jambe. Je vais aller le chercher.»
M. le curé, ayant développé la jambe, fut effrayé de l'état de la plaie; Pierre, qui s'en aperçut, lui dit:
«N'est-ce pas, monsieur le curé, que je ne guérirai jamais?
--Je ne vous cache pas, mon garçon, que ce sera long et difficile: un mal peut toujours se guérir quand il est pris à temps; mais, quand on le garde pendant des années sans y rien faire, c'est quelquefois impossible. Il vous faudra une grande patience et une grande docilité pour guérir.»
Et il lava la plaie avec soin, la pansa avec de la pommade camphrée étendue sur de la charpie, et il la saupoudra auparavant avec du camphre en Poudre.
«Je viendrai vous panser tous les jours, dit-il en s'en allant. Il faut vous coucher tôt, vous lever tard, et, quand vous serez levé, vous tiendrez votre jambe étendue sur une petite chaise; si vous la posez par terre, je n'en réponds pas.»
Il faisait un beau clair de lune quand Jeanne et M. le curé sortirent. Le petit Louis donnait la main à M. le curé, qui l'aimait beaucoup. Il s'arrêta et dit en montrant le ciel et les étoiles:
«Qui a fait tout ça?
--Mon enfant, lui dit sa mère, je t'ai répété bien des fois que c'était Dieu qui avait fait tout ce qui est au ciel et sur la terre.»
L'enfant quitta la main de M. le curé et se mit à genoux.
«Je veux voir Dieu, dit-il, je veux lui parler.»
Ils étaient devant la porte de la cure, et ils y entrèrent tous les trois; M. le curé prit le pauvre simple sur ses genoux et lui dit:
«Mon petit Louis, le bon Dieu ne se voit pas avec les yeux du corps; mais l'on sent qu'il est partout. Quand tu restes des heures entières à regarder tes roses pousser, c'est lui qui les déploie et les fait sortir si belles de leurs boutons; c'est lui aussi qui leur donne cette bonne odeur que tu aimes tant. Quand tu donnes un morceau de pain à un pauvre, c'est lui qui te met le contentement dans le coeur; et si tu embrasses ta mère, c'est encore Dieu qui te rend heureux dans toute ta petite personne.
--C'est bon, dit Louis, je vas l'écouter.
--Vous voyez bien, Jeanne, que cet enfant n'est pas aussi malheureux que vous le croyez; il comprend Dieu.»