IX
Impétueuse fut la charge: les escadrons tatars, leurs croissants, leurs étendards à queue de cheval, leurs peaux de mouton retournées, leurs arcs immenses, leurs visages basanés, leurs moustaches pendantes et noires comme le corbeau, leurs traits renfrognés, leurs yeux voilés à demi, où la cruauté de la bête s’unit à celle de l’homme, tout ce spectacle empreint d’une splendeur sauvage, l’incendie, les steppes d’alentour, les flèches sifflantes, nullement n’impressionnèrent les Polonais, ou plutôt les excitèrent comme eût fait un vêtement d’épines. Rapides comme l’ouragan, ils volèrent... mais, avant que l’on pût lutter corps à corps, les hommes fer contre fer, les coursiers naseau contre naseau, des qu’ils eurent heurté le demi-cercle, une aile des Tatars, suivant la fameuse ordonnance, courut, derrière les Polonais, donner la main à l’autre aile. Alla hu! vociférèrent les hordes, et mille escadrons décochèrent sur l’assaillant enveloppé leurs traits empoisonnés. Hourra! crièrent les Polonais, et avec le vol du faucon, ils traversèrent la nuée de flèches, au milieu de ce cercle d’ennemis. Ils arrivent, ils arrivent, masse aux rangs pressés, foret de lances hérissées, pleine de coups, de craquements, de grondements... Choc, cri, plainte, fracas, clameurs!... La poussière surgit, et la muraille de Bisourmans, traversée, brisée, s’écroule. Les chevaux écrasent les hommes; le sabre, la lance, percent sous les pieds des chevaux les mécréants comme des vipères. La fureur s’allume dans les têtes, l’acier brille, le sang jaillit, la mort se fatigue à souffler sur les yeux qui tournent. Tout cela ne dure qu’un instant; de coté, par derrière, les barbares accourent en masse innombrable. Il est temps de mourir pour les Polonais; le jeune chef les réunit, les excite, les range, tourne et charge: voici la mêlée; chaque homme enveloppé devient tourbillon et fait face de tous côtés avec sa bravoure; taille, pique, tue, dans la foule grossissante. Dix luttaient contre un seul, mille viennent l’assaillir; la multitude se presse acharnée, avec d’affreux hurlements. Pars tout des nuages de poussière, ou volent les éclairs des glaives.