XIX

Il monte sur son cheval rapide, mais le souci est dans son œil, et il contient le coursier à son premier bond. Il monte aussi son cheval rapide, mais avec un joyeux regard, le vieux Porte-glaive, et au galop il décrit une volte. Derrière eux sonnent les trompettes; plus loin, derrière eux, les guerriers s’élancent comme des oiseaux prenant leur volée. La jeune noblesse caracole en marchant contre les Tatars. Voici les compagnons, et les soldats rangés, pancernes25 et hussards; après eux les Cosaques: et les écuyers qui luttent avec leurs chevaux effrayés. Regarde, petit joufflu, sous ton toit de chaume: que la vue des soldats mette sur tes lèvres un sourire. Plus tard, peut-être, fruit sauvage, la guerre te cueillera! Et toi, mère, qui salues, adieu, tranquillise-toi. Ne t’effraie pas du bruit des armures, des longues lances... la flamme de l’œil polonais s’éteindrait dans les larmes. Déjà dans le village on ne voit plus que la poussière; l’oreille encore tinte et vibre, étourdie par le fracas des armes et des chevaux. Déjà dans le village la poussière tombe... encore par instants, le son lointain des cors guerriers parvient à l’oreille. Et tout est silencieux, comme quand le sceau de la mort s’imprime sur un cœur, et tout est désert, triste et morne, comme dans les pensées de Maria. Elle redressa sa taille élancée, plus haut, plus haut, et elle ne vit rien, rien que les nuées grises chassées par le vent... Ses genoux se plient, ses mains se joignent, elle prie, et de ses yeux qui regardent le ciel, la douleur tombe en rosée. Et tout est silencieux, comme quand la prière coule dans le sein de Dieu, et tout est désert, triste et morne, comme quand le bonheur s’enfuit.