XVIII
Elle tomba dans les bras de son amant, et penchée, dans sa douleur, elle attachait à lui son corps tremblant d’un tel effroi, son visage défaillant était si pâle, ses beaux bras l’étreignaient avec tant d’amour sur son doux sein, que le guerrier, s’arrachant à regret à ces tristes caresses, ressentait dans son cœur un mal pareil au déchirement.
Non, il ne peut rester, à moins de ternir sa gloire, et en écoutant son amour, de l’exposer à la honte! Mais quelle profonde et lugubre tristesse! Tremper son courage dans le désespoir de celle qu’il aime! Il n’a point la force de se séparer de tant de charmes, ni le temps de prolonger on vains gémissements ces adieux. La trompette l’appelle à la gloire, le chef aux cheveux blancs l’attend. Les drapeaux déployés bruissent, la victoire va s’enfuir... Il se redressa, déposa sa bien-aimée, et l’œil brillant d’un feu sauvage, il pressa contre ses lèvres la blanche main défaillante, comme si dans cette faible, douce, et silencieuse étreinte, il eût voulu dire tous ses sentiments, au milieu du trouble de son âme... Il est parti, il a repris le calme; devant l’œil qui s’attache à lui, chaque pas éloigne davantage sa taille imposante et sa brillante armure. Déjà, à la place qu’il vient de quitter, mélancolique et pâle, troublant le silence de ses soupirs, la solitude s’assied. Et dans le champ, laissé inculte, du du bonheur, le chagrin enracine sa tige épineuse, dont la moelle est rongée de vers.