Thrène V

Tel un jeune olivier qui s’élève de terre

Dans un vaste verger à l’ombre de sa mère.

Et sans produire encor ni branches ni boutons,

Frêle, dresse sa tige entre les rejetons;

Que si le jardinier, en coupant les épines,

D’une faux imprudente a touché ses racines,

Il s affaisse; et, perdant sa première vigueur

Tombe aux pieds de sa mère et périt de langueur.

Telle fut de ma fille, hélas! la destinée.

Sous nos yeux elle allait grandissant, inclinée

Sur sa tige légère; un souffle meurtrier

L’a touchée en passant — notre jeune olivier

À nos pieds est tombé. Tu trouves donc des charmes,

Ô mort, à faire en vain répandre tant de armes!