Thrène IV

Mort impie! Ah! pourquoi forcer cruellement

Mes yeux à voir ma fille à son dernier moment?

Je te vis secouer ce fruit vert, ô cruelle,

Et déchirer nos cœurs d’une angoisse mortelle.

Jamais sans m’accabler du poids de la douleur

Elle n’eût pu mourir, jamais sans que mon cœur

N’eût saigné, quel que fût ou le jour ou l’année

Que, me laissant tout seul, elle s’en fût allée.

Mais jamais, non jamais, en la voyant mourir,

Plus qu’en ce jour de deuil, je n’aurais pu souffrir.

Et si Dieu l’eût permis, en vivant davantage,

Que de joie elle eût pu me donner en partage!

Et moi, durant ce temps, j’aurais fini mes jours

Peut-être, et de mes ans vu s’accomplir le cours,

Sans avoir ressenti la plus grande torture

Qu’ait jamais éprouvée humaine créature.

Je comprends Niobé, qui voyant le bûcher

Consumer ses enfants, s’est changée en rocher.