Thrène XIII

Ô ma charmante Ursule: il eût fallu choisir

Ou bien de ne pas naître, ou de ne pas mourir!

Pour un jour de bonheur des siècles de souffrance!

Oh! c’est payer bien cher ta trop courte présence.

Tu m’as trompé, semblable à ce songe imposteur

Qui fait luire un trésor aux regards d’un dormeur,

Puis tout à coup s’enfuit, et de cette richesse,

Lui laisse le regret, l’envie... et la tristesse

Et voilà justement comme tu m’as traité.

Tu fis naître l’espoir en mon cœur enchanté,

Et puis tu t’en allas me laissant la souffrance,

Emportant avec toi ma dernière espérance;

De mon âme, en un mot, tu m’as pris la moitié.

L’autre me reste, triste et digne de pitié.

Amis, placez ici cette pierre sculptée

Avec l’inscription que je vous ai dictée:

«Ici repose Ursule, Ursule mes amours

Et mes regrets; ci-gît l’espoir de mes vieux jours.

Ô mort, tu t’es trompée: elle meurt la première,

Quand c’était à la fille à pleurer sur son père.»