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(Pis. r. Trabuc’a)
A Choçolowicze, a une lieue de Krzyczow28, le 24. Mars 1664
Madame. Depuis ma derniere lettre, par laquelle Je vous fis sçavoir la separation des armees pour s’ en aller dans les quartiers d’ hyver qu’ on leur avait destiné, Je n’ ay point reçu des nouvelles de celle de la Couronne, que J’ ay laissée soubs le commandement du Palatin de Russie. Il est vray qu’ un certain bruit court qu’ elle a saccagé la ville de Sosnicza29 et celle de Miana30 aussy. Si cela est, il n’ y a point de doubte qu’ on a commis cette violence pour obliger les autres villes a leur fermer les portes et ainsy avoir un pretexte de repasser le Boristene.
Quand a l’ armée de Lituanie, Je vous advoue qu’ elle a quitté sa routte, pour prendre la miene, qui est la plus mauvaise du monde, et dont nos chariots auront bien de la peine de se tirer, avec un peu trop d’ espouvante ayant pris un parti ennemy pour toutte leur armée, et comme la cavallerie Lituanoise se retira dans les bois avec un peu de precipitation, l’ infanterie et les dragons se jetterent sur leurs chariots, et les pillerent.
Cependant voycy la response a vos lettres du 4., 13. et 15. fervier et du 2. de Mars.
Le bruit qui a couru dans la petitte Pologne que les Cosaques et les Tartares m’ ont abandonné, est faux. Il est vray que le Bohum31 estoit le plus mechant homme du monde. Il avoit intelligence avec les ennemys, et leur avoit promis de se joindre à eux, si on venait a donner une bataille; mais comme Je fus adverty de sa trahison par d’ autres officiers Cosaques, Je le fis mettre en arrest, avec dessein de le faire punir par la main du bourreau, principallement, quand Je vis que tous les prisonniers moscovites confirmaient sa trahison: mais lr bon Dieu l’ en a puni d’ une autre façon.
Vous avez bien fait, et l’ Archevesque aussi, de n’ avoir pas voulu donner par escrit a l’ Envoyé de l’ Empereur32 la permission de transporter de grains de la Pologne dans l’ Alemagne, puisque c’ est une chose permise sans cela.
Je prens et prendray a l’ advenir du té, comme vous me le mandez; pour ce qui est du reste, il faudra le remettre a mon retour a Varsavie. Cependant Je vous diray qu’ il m’ est impossible de m’ empecher d’ aller a cheval, tant a cause de mauvais chemins, que parce que J’ arrive plustost au quartier de chasque journee, que si J’ allois en caleche.
Je vous accorde la housse de velour cramoisy pour les Religieuses, mais Je ne veus pas la leur faire livrer, que Je ne sois a Varsavie, de crainte qu’ elles ne m’ oubliassent dans leurs prieres, si elles l’ avoient.
Si le Tinff33 manque a satisfaire les soldats et est sur le point de faire banqueroutte, c’ est une chose que J’ avois prevue dez Leopol, et les soldats auront subiect de se plaindre des commissaires, et non pas de moy qui n’ ay jamais approuvé cette monnoye.
J’ ay fait tout ce que J’ ay pu pour obliger les Moscovites a faire la paix; mais iusques a cette heure ils ne disent mot. Je retarderay pourtant le plus que je pourray, la Diete, bienque le Grand General, aussy bien que quelques autres Senateurs, m’ ayent fort pressé de la convoquer au plustost. Il n’ y a que le Chancellier de Lituanie qui a tousiours esté d’ advis contraire, aussy bien qu’ a mon retour en Pologne, qu’ aprez la paix avec les Moscovites.
Je ne croy pas que le Marechal se resolve de venir a l’ armée, quand il sçaura que J’ ay laissé le commandement d’ icelle au Palatin de Russie. Il seroit bon de sçavoir au vray, s’ il a introduit dans Posnanie ses Gorally, et par le moyen de qui, et s’ il en a aussy dans Cracovie.
Faittes toutte la diligence possible pour descouvrir ceux qui out pris deux de nos postes.
Nous n’ avons point donné de bataille, parceque l’ ennemy l’ a tousiours evitée.
La lettre que vous avez escritte au Chancellier de Pologne, est fort bien faitte. Je l’ ay fait voir a celluy de Lituanie. Je vous la renvoye.
La pensée que Vous avez pour le logement des Peres, est fort belle, mais le moyen den venir a bout fort foible et fort casuel.
J’ ordonneray au Podstarosta de Bialalenka de faire conduire des harbres aux Religieuses pour refaire leur Plot. Il y a en a [sic] assez par terre que le vent a abbattus, sans en coupper d’ autres.
Je me souviendray du Suffragan de Plocko34; mais Je veux garder les vacances iusques a mon retour. Je doubte fort que le Prince Boguslaus35 fasse jamais rien de bon, aprez ce qu’ il a fait en tant d’ occasions differentes.
La mort du petit Archiduc nous obligera a prendre le petit deuil. Je suis d’ advis de le faire de. ...36.
Mr. de Lumbres37 ne ma point envoyé la lettre que le Roy de France luy a escritte.
La mort du Pere l’ Erichon m’ a este tres sensible. Vous pourrez faire venir un autre Confesseur, quand et tel qu’ il Vous plairra.
Comme Je ne veus point donner les vacquances qu’ estant a Varsavie, votre Ostrolinka38 vous sera conserve en cas que Morstin39 vienne a mourir.
[P. S.]. Je serois bien ayse, si on peut decouvrir, qui est celuy qui a pris nos lettres vers Lublin; qu’ on en tire un acte par le grod, et qu’ on fasse examiner giuridiquement les tesmoings pour beaucoup de raisons.
Je vous prie aussy de me faire apporter quelques habits de ceux du jeune Davisson pour la campagne, car ceux que J’ ay icy, sont tous dechirez.