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(Pis. r. Trabuc’a)

(A Mohilow, ce ler Avril 1664)45

Madame. Voycy la response que Je fais a vos lettres du 6. et 9. Fevrier et du 10. et 14. de Mars. Je vous ay escrit plusieurs fois que l’esloignement et la difficulté des chemins et des passages estoient cause que Vous ne receviez pas si souvant, qu’a l’ordinaire, de mes lettres. Astheure (sic)46, que Je suis dans Mohilow, les ordinaires seront plus reglez.

Quand a ce que vous dittez que la Noblesse veut qu’on fasse la paix avec les Moscovites avant la Diete, Je suis de leur advis, et dis de plus qu’elle seroit desia conclue, si cela dependoit de moy. Jattendray icy le retour do Winclawski47 pour voir la disposition que les Moscovites y ont, et en cas qu’il y ayt esperance de commençer bien tost le traitté, Je m’y arresteray pour ce subiect, autrement Je m’en iray a Vilna, ou J’attendray de vos nouvelles, et ensuite Vous iray trouver a Nowodwur48, si les affaires vous permettrons d’y venir; si non, Je m’en iray a Varsavie, quand ce seroit pour y faire la diete, puisquon ne sçauroit faire autrement.

Je m’estonne que le Palatin de Wilna se pleigne de n’avoir pas obtenu la charge de Tresorier de la Cour pour son fils49 qu’a des conditions facheuses. Sont-ce de conditions facheuses que de l’obliger a tenir l’aisle droitte dans son devoir et dans une bonne union avec l’ aisle gauche, et d’ estre de bonne intelligence avec le Palatin de Smolensko50? Il me semble qu’ il n’a pas raison de s’en plaindre, puisque la raison et son devoir l’ y obligent.

Je parleray aux Senateurs qui sont icy, touchant ce qu’on doibt respondre a la demande de l’Envoyé de l’Empereur, et par le premier ordinaire Je vous en envoyeray la response.

J’ay fait tout ce que Jay pû, comme Je vous ay mandé autrefois, pour oster de l’ esprit du Palatin de Russie tout subiect de pleinte; mais il est certain que ce qu’ on se met une fois dans la teste, n’ en sort pas si viste qu’ il y est entré.

Je vous accorde l’ Abbaye de Paradis pour le Suffragan de Plocko. Je vous laisse la liberté, de luy en faire la declaration, avec cette condition pourtant, que, s’ il vient a estre pourveu de quelque Eveché, ou a la quitter, de quelque façon que ce soit, Vous ne me prierez jamais de la donner qu’ a de personnes qui se rendront moynes.

Je vous prie d’ escrire en France touchant la doze qu’ il faut prendre du té, et combien de sucre il y faut mettre; car Je le iuge fort necessaire pour ceux qui veulent s’ en servir. Mr. le Marechal de Grammond51 ne vous refusera pas cela.

Vous dittez que Vous avez passé le dernier jour de Caresme prenant (sic) chez les Jesuittes et chez les Meres de S-te Marie. Je le croy; mais Vous ne me dittez pas que Vous avez fait representer la commodie. Pour moy, Je vous asseure que Je passay ce jour la auprez de Szewcko52 avec la plus belle disposition du monde de donner le bal aux dames de cette ville là, si les Moscovites et les principaux habitans d’ icelle l’ eussent voulu permettre. A Mohilow, ce premier Avril. 1664.

[P. S.] Je vous envoye la lettre que vous avez desirée, escritte de ma main.