Rien! sonna-t-il. Puis toutes les roues de mon cerveau s’ébranlérent avec une vitesse infernale, et j’entendis un glas frapper au fond de moi-même: LE REVENANT, C’ÉTAIT MOI!
1893
L’ORACLE.
Elle était grande et laide, une roche informe et nue, qu’elle hit éclairée ou à l’ombre, toujours triste.
Un homme s’y égara un soir, mais perdant pied aussitôt il mourut victime, lui fort et pensant, de cette grande chose inerte et brute, et personne ne la montait plus. Elle demenrait à l’ombre le plus souvent des grandes cimes autour, et le soleil ni la lune ne l’aimaient. Seule la neige s’y plaquait lourde et compacte!
Or en une nuit de lune et de Vent (le monde déjà était vieux) quelque chose remua au fond du rocher, et l’emplit soudain, comme d’un profond soupir. Ce ne fut qu’un instant! quelques caillons roulèrent et un peu de neige bleuâtre se détacha. Ce fut tout.
Mais en cet instant si vague, et d’infinie lourdeur — le rocher subit sa propre tristesse sourdement, comme la plante comme s’éveille l’aloès du fond de sa torpeur, c’est ainsi que sa propre Enigme vint saisir la montagne et lui révéla son Mystère, les liens occultes, qui la liaient aux longs chagrins et aux incurables misères, à tout ce qui est noir ou navrant dans la création.
Tout cela l’enveloppa comme d’une Ombre Géante. Et un accord vibra en ce domaine silencieux! Une source s’agita affolée! elle mouta brûlante et profonde jusque à l’ivresse, pour tarir aussitôt.
Mais la Terre — si rèveuse en ces nuits de Lune et de Vent tressaillit et appela. Alors des milliers d’ombres se dégagèrent des plis de Ténèbres et s’agitèrent autour du rocher éteint pour saluer l’Idée — le Symbole — l’Oracle enfin qui venait de parler.
1893