La Lettre du 21e. d'Avril dont V.E. m'a honoré est un nouveau temoignage de ses sentiments envers moi; permettez moi de vous en rendre mille graces et remercimens; cela vous resemble, c'est toujours notre ancienne connaissance qui vous fait agir, ayez la bonté de continuer ainsi, soiez persuadé du parfait desir de mon côté de vous temoigner en toute occasion tout de même ce qui pourrait contribuer à vous montrer des sentimens et desir de vous obliger, je le saisirai dans toute occasion avec empressement, ardemment, avec zèle et satisfaction infinie.
Ayez la bonté de ne pas perdre de vue d'honorer de conversation notre Cicerone (Mr. Gunther à Leyde), il a de l'esprit et très honnête homme, amusant pour fair ressouvenir et mettre au fait, je le recommande à Votre Excellence.
Je suis charmé que V. E. reçoit avec plaisir tel detail; je suis pareillement vain que V. E. voit avec plaisir que S. A. Monsr. Mon Beau Frère lui ecrive en tout cas s'il le juge à propos dont je ne doute pas. — V. E. dit n'avoir suggeré l'Article des Cousins que pour rendre la masse de la maison plus respectable aux yeux de ceux avec qui l'on voudroit traiter. Je crois entendre par la que V. E. veut dire de rendre aux yeux des Ennemis plus respectable la masse des Troupes de quelques Branches de la Maison par le plus grand nombre. S. A. le Landgrave de Hesse à Cassel croit sans doute les siennes respectables sans le concours des autres Branches de Hesse; sur le chapitre des affaires de sa maison je pense de même mais sacher que les Cousins ne sont à ce qu'il paroit gueres jaloux de tel honeur et que j'en doute, joint à la lenteur d'agir. J'excepte S. A. Monsr. mon beau frère d'Anhalt à Bernbourg (dont j'ai pris souvent la liberté de vous parler en m'arretant sur cet article feu mon Père en auroit fait autant, et le feu Prince Leopold d'Anhalt Dessau, et feu le Père de mon Beau Frère) qui penseroit peut-être comme moi — De telle manière m'entendez vous, que V. E. aura la bonté de croire qu'on ne veut (sur les Cousins) avoir de superiorité, ni ascendant ne croiez pas je vous prie que c'est la vanité, mais la verité, mais pas envie de primer, mais on prétend qu'on voit ce qu'on peut seul.
Acte d'appel au Cicerone et à tout Cicerone tel qu'on voudra. On n'a ni l'honneur d'être Vassal ni Esclave de Messrs. les Cousins tous ensemble, tout aussi peu que S. A. le Landgrave de Hesse Cassel l'est des autres de Hesse. Raillerie à part on ne peut comprendre qui peut avoir suggeré de pareille idée au public; seroit ce ceux qui font les progrès en Canada et des Rebelles? Je puis agir sans tous ces Messrs. la les Cousins, je le repete, et ceux la peuvant en faire autant de même, tant qu'il leur plaira, s'ils peuvent; par faute de pouvoir placer bien des gens, ils me font l'honneur de me les recommander souvent, quoique d'ailleurs nous n'ayons pas grande Connexion, marque tacite que de notre côté, l'on est plus en état de donner des Troupes qu'Eux.
On doute que chés ces Messieurs tous ensemble il puisse partir et arriver des Vaisseaux pour Chine, Japon ou où l'on voudra comme chès nous, ni mettre tant de monde sous les armes comme on a toujours chès nous, ou qu'en badinant seulement on met surpié chès nous; on doute donc de ces avantages, et beaucoup d'autres, tant pour le militaire que pour le Civil chès ces Messieurs Cousins tous ensemble. A moins de compter pour avantages les Juifs de Dessau, et le pays de Table de coté, les premiers pour fournir du plet aux Troupes, ou de la fausse Monnoye du Juif Ephraim et Compie. et avoir un Cour de Courtiers, et le second d'y faire provision de sable pour lenter des Vaisseaux Marchands.
Quatre Frères à Dessau avoient entre eux plus de 600 Chiens par force, logés chès les Bourgeois de Dessau. Belle Garnison! et au premier Coup de Fouet ou de Cors de Chasse, cette Canaille se rassembloit comme les Troupes au Coup de Tambour. Diable! si on pouvoit faire courir les Amériquains comme cela, ce ne serait pas mauvais; mais il faut des Troupes. Car pour l'article des hommes, c'est une question et problème de Pirrhuisme à repondre. — S. A. Mr. mon Beau Frère s'il s'en avise, je le repete, pourroit avoir bien du monde, c'est le seul en état de le faire, il m'a permis d'enlever depuis long tems chès lui; avec feu son Père j'ai eu souvent conversation sur tel sujet, aussi il étoit comme son fils fort porté pour l'amitié; je dois dire cela avec verité.
Permettez donc Acte d'Appel au Cicerone sur cet Article, comme les quatre Eveques de France sur la Bulle renigenitre du Pape et que sur l'Article des Cousins on ne pretend point être melé avec ces Messrs. là, tout aussi peu que Son A. le Landgrave de Hesse Cassel veut l'être avec les autres de Hesse, sans que le Landgrave aye peur de perdre en agissant seul de son coté avec ses Troupes, sans mélange des Cousins des autres Branches de Hesse, pour rendre la masse plus respectable vis-à vis des Ennemis.
En attendant je remercie de nouveau très humblement V.E. des assurances qu'elle fait de recevoir toujours avec plaisir mon griffonage; mais je sai fort bien qu'on peut parler à coeur ouvert à un Anglais tel que V.E., et en l'ancienne connoissance met un vernis et fait grace à mon stile long et ennuiant, de dire peu en beaucoup de paroles, comme les Chanceleries Allemandes des Cours, comme il vous sera bien connu par dessus le marché. Je fais donc de nouveau mille remercimens, et rens graces à V.E. d'avoir reçu avec bonté mes Lettres et même Badinages du 26. et 27. Mars, de meme que les precedentes; la satisfaction qu'elle m'en marque me rend orgeuilleux.
Elle sait que Mr. Faucitt m'a repondu quelque fois, mais il auroit bien mieux valu hater plus pour parvenir à conclusion, qu'à la moutarde des Complimens, et qu'on eut perdu moins de tems à mettre les mains dans la poche, au lieu de faire agir mon monde à remplacer des garnisons à la place des Troupes à tirer des dites Garnisons contre les Ennemis; sans compter autre chose trop long à detailler cette pièce à V.E. Je suis sur que V.E. desire qu'il y ait long temps que tout fut conclu; continuez je vous prie d'y contribuer j'ecris en consequence où besoin est.
Elle croit donc qu'il n'est necessaire à Brunswic, en tel cas qu'on attend que quelqu'un de votre Cour, et qu'un des miens s'y trouve, il faut savoir davantage.