—Mais, madame, songez ...
—Ah! c'en est trop, seigneur
Tant de raisonnements offensent ma colère.
J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire,
Rendre Oreste content; mais, enfin, je vois bien
Qu'il veut toujours se plaindre, et ne mériter rien.
Je m'en vais seule au temple où leur hymen s'apprête,
Où vous n'osez aller mériter ma conquête;
Là, de mon ennemi je saurai m'approcher;
Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher,
Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées.
Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées;
Et, tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux
De mourir avec lui que de vivre avec vous!
—Non, je vous priverai de ce plaisir funeste,
Madame, il ne mourra que de la main d'Oreste!
Vos ennemis par moi vous vont être immolés,
Et vous reconnaîtrez mes soins, si vous voulez!"
And Orestes departs, kills Pyrrhus, then returns with his bloody sword in his hand to find Hermione.
"—Madame, c'en est fait, et vous êtes servie:
Pyrrhus rend à l'autel son infidèle vie!
—Il est mort?...
—Il expire, et nos Grecs, irrités,
Ont lavé dans son sang ses infidélités!
. . . . . . . . . .
Mais c'est moi dont l'ardeur leur a servi d'exemple;
Je les ai pour vous seule entraînés dans le temple,
Madame, et vous pouvez justement vous flatter
D'une mort que leurs bras n'ont fait qu'exécuter:
Vous seule avez porté les coups!
—Tais-toi, perfide!
Et n'impute qu'à toi lâche parricide!
Va faire chez les Grecs admirer ta fureur,
Va! je te désavoue, et tu me fais horreur!...
Barbare! qu'as-tu fait? Avec quelle furie
As-tu tranché le cours d'une si belle vie?
Avez-vous pu, cruels, l'immoler aujourd'hui,
Sans que tout votre sang se soulevât pour lui?
Mais parle! De son sort qui t'a rendu l'arbitre?
Pourquoi l'assassiner? qu'a-t-il fait? à quel titre?
Qui te l'a dit?
—O dieux! quoi! ne m'avez-vous pas
Vous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas?
—Ah! fallait-il en croire une amante insensé?..."
It is the same passion, we see, in both women: Opera dancer and Spartan princess, they speak differently, but act in the same manner. True, both have copied la Chimène in the Cid. Don Sancho enters, sword in hand, and prostrates himself before Chimène.
"—Madame, à vos genoux j'apporte cette épée ...
—Quoi! du sang de Rodrigue encor toute trempée?
Perfide! oses-tu bien te montrer à mes yeux
Après m'avoir ôté ce que j'aimais le mieux?
Éclate, mon amour! tu n'as plus rien à craindre;
Mon père est satisfait; cesse de te contraindre!
Un même coup a mis ma gloire en sûreté,
Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté!
—D'un esprit plus rassis ...
—Tu me parles encore,
Exécrable assassin du héros que j'adore!
Va, tu l'as pris en traître! Un guerrier si vaillant
N'eût jamais succombé sous un tel assaillant!
N'espère rien de moi; tu ne m'as point servie;
En croyant me venger, tu m'as ôté la vie!...
True, Corneille borrowed this scene from Guilhem de Castro, who took it from the romancers of the Cid. Now, the day I listened to that reading by Alfred de Musset, I had had already, for more than a year, a similar idea in my head. It had been suggested to me by the reading of Goethe's famous drama Goetz von Berlichingen. Three or four scenes are buried in that titanic drama, each of which seemed to me sufficient of themselves to make separate dramas. There was always the same situation of the woman urging the man she does not love to kill the one she loves, as Chimène in the Cid, as Hermione in Andromaque. The analysis of Goetz von Berlichingen would carry us too far afield, we will therefore be content to quote these three or four scenes from our friend Marmier's translation:
"ADÉLAÏDE, femme de Weislingen; FRANTZ, page de Weislingen.
ADÉLAÏDE.—Ainsi, les deux expéditions sont en marche?
FRANTZ.—Oui, madame, et mon maître a la joie de combattre vos ennemis....
—Comment va-t-il ton maître?
—A merveille! il m'a chargé de vous baiser la main.
—La voici ... Tes lèvres sont brûlantes!
—C'est ici que je brûle. (Il met la main sur son cœur.) Madame, vos domestiques sont les plus heureux des hommes! ... Adieu! il faut que je reparte. Ne m'oubliez pas!
—Mange d'abord quelque chose, et prends un peu repos.
—A quoi bon? Je vous ai vue, je ne me sens ni faim ni fatigue.
—Je sais que tu es un garçon plein de zèle.
—Oh! madame!
—Mais tu n'y tiendrais pas ... Repose-toi, te dis-je, et prends quelque nourriture.
—Que de soins pour un pauvre jeune homme!
—Il a les larmes aux yeux ... Je l'aime de tout mon cœur! Jamais personne ne m'a montré tant d'attachement!
ADÉLAÏDE, FRANTZ, entrant une lettre à la main.
FRANTZ.—Voici pour vous, madame.
ADÉLAÏDE.—Est-ce Charles lui-même qui te l'a remise?
—Oui.
—Qu'as-tu donc? Tu parais triste!
—Vous voulez absolument me faire périr de langueur ... Oui, je mourrai dans l'âge de l'espérance, et c'est vous qui en serez cause!
—Il me fait de la peine ... Il m'en coûterait si peu pour le rendre heureux!—Prends courage, jeune homme, je connais ton amour, ta fidélité; je ne serai point ingrate.
—Si vous en étiez capable, je mourrais! Mon Dieu! moi qui n'ai pas une goutte de sang qui ne soit à vous! moi qui n'ai de sens que pour vous aimer et pour obéir à ce que vous désirez!
—Cher enfant!
—Vous me flattez! et tout cela n'aboutit qu'à s'en voir préférer d'autres ... Toutes vos pensées tournées vers Charles!... Aussi, je ne le veux plus ... Non, je ne veux plus servir d'entremetteur!
—Frantz, tu t'oublies!
—Me sacrifier!... sacrifier mon maître! mon cher maître!
—Sortez de ma présence!
—Madame....
—Va, dénonce-moi a ton cher maître ... J'étais bien folle de te prendre pour ce que tu n'es pas.
—Chère noble dame, vous savez que je vous aime!
—Je t'aimais bien aussi; tu étais près de mon cœur ... Va, trahis-moi!
—Je m'arracherais plutôt le sein!... Pardonnez-moi, madame; mon âme est trop pleine, je ne suis plus maître de moi!
—Cher enfant! excellent cœur!
(Elle lui prend les mains, l'attire à elle; leurs bouches se rencontrent; il se jette à son you en pleurant.)
—Laisse-moi!... Les murs ont des yeux ... Laisse-moi ... (Elle se dégage.) Aime-moi toujours ainsi; sois toujours aussi fidèle; la plus belle récompense t'attend! (Elle sort.)
—La plus belle récompense! Dieu, laisse-moi vivre jusque! ... Si mon père me disputait cette place, je le tuerais!
WEISLINGEN, FRANTZ.
WEISLINGEN.—Frantz!
FRANTZ.—Monseigneur!
—Exécute ponctuellement mes ordres: tu m'en réponds sur ta vie. Remets-lui cette lettre; il faut qu'elle quitte la cour, et se retire dans mon château à l'instant même. Tu la verras partir, et aussitôt tu reviendras m'annoncer son départ.
—Vos ordres seront suivis.
—Dis-lui bien qu'il faut qu'elle le veuille ... Va!
ADÉLAÏDE, FRANTZ.
(Adélaïde tient à la main la lettre de son mari apportée par Frantz.)
ADÉLAÏDE.—Lui ou moi!... L'insolent! me menacer! Nous saurons le prévenir ... Mais qui se glisse dans le salon?
FRANTZ, se jetant à son you.—Ah! madame! chère madame!...
—Écervelé! si quelqu'un t'avait entendu!
—Oh! tout dort!... tout le monde dort!
—Que veux-tu?
—Je n'ai point de sommeil: les menaces de mon maître ... votre sort ... mon cœur ...
—Il était bien en colère quand tu l'as quitté?
—Comme jamais je ne l'ai vu! 'Il faut qu'elle parte pour mon château! a-t-il dit; il faut qu'elle le veuille!'
—Et ... nous obéirons?
—Je n'en sais rien, madame.
—Pauvre enfant, dupe de ta bonne foi, tu ne vois pas où cela mène! Il sait qu'ici je suis en sûreté ... Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il en veut à mon indépendance ... Il me fait aller dans ses domaines parce que, là, il aura le pouvoir de me traiter au gré de son aversion.
—Il ne le fera pas!
—Je vois dans l'avenir toute ma misère! Je ne resterai pas longtemps dans son château: il m'en arrachera pour m'enfermer dans un cloître!
—O mort! ô enfer!
—Me sauveras-tu?
—Tout! tout plutôt que cela!
—Frantz! (En pleurs et l'embrassant.) Oh! Frantz! pour nous sauver....
—Oui, il tombera ... il tombera sous mes coups! je le foulerai aux pieds!
—Point d'emportement! Teins, remets-lui plutôt un billet plein de respect, où je l'assure de mon entière soumission à ses ordres ... Et cette fiole ... cette fiole, vide-la dans son verre.
—Donnez, vous serez libre!
WEISLINGEN, puis FRANTZ.
WEISLINGEN.—Je suis si malade, si faible!... mes os sont brisés: une fièvre ardente en a consumé la moelle! Ni paix ni trêve, le jour comme la nuit ... un mauvais sommeil agité de rêves empoisonnés.... (Il s'assied.) Je suis faible, faible ... Comme mes ongles sont bleus!...Un froid glaciel circule dans mes veines, engourdit tous mes membres ... Quelle sueur dévorante! tout tourne autour de moi ... Si je pouvais dormir!...
FRANTZ, entrant dans la plus grande agitation.—Monseigneur!
—Eh bien?
—Du poison ... du poison de votre femme ... Moi, c'est moi! (Il s'enfuit, ne pouvant en dire davantage.)
—Il est dans le délire ... Oh! oui, je le sens ... le martyre! la mort.... (Voulant se lever.) Dieu! je n'en puis plus! je meurs!... je meurs!... et, pourtant, je ne puis cesser de vivre ... Oh! dans cet affreux combat de la vie et de la mort, il y a tous les supplices de l'enfer!..."