[1] Mathieu Dumas.
[CHAPTER VIII]
The Government member—Chodruc-Duclos—His portrait—His life at Bordeaux—His imprisonment at Vincennes—The Mayor of Orgon—Chodruc-Duclos converts himself into a Diogenes—M. Giraud-Savine—Why Nodier was growing old—Stibert—A lesson in shooting—Death of Chodruc-Duclos
Let us bid a truce to politics of which, I daresay, I am quite as tired as is my reader. Let us put on one side those brave deputies of whom Barthélemy makes such a delightful portrait, and return to matters more amusing and creditable. Still, these Memoirs would fail of their end, if, in passing through a period, they did not reveal themselves to the public tinged with the colour of that particular period. So much the worse when that period be dirty; the mud that I have had beneath my feet has never bespattered either my hands or my face. One quickly forgets, and I can hear my reader wondering what that charming portrait is that Barthélemy drew of the deputy. Alas! it is the misfortune of political works; they rarely survive the time of their birth; flowers of stormy seasons, they need, in order to live, the muttering of thunder, the lightning of tempests: they fade when calm is restored; they die when the sun re-appears.
Ah, well! I will take from the middle of La Némésis one of those flowers which seem to be dead; and, as all poetry is immortal, I hold that it was but sleeping and that, by breathing upon it, it will come to life again. Therefore, I shall appeal to the poets of 1830 and 1831 more than once.
LE DÉPUTÉ MINISTÉRIEL
"C'était un citoyen aux manières ouvertes,
Ayant un œil serein sous des lunettes vertes;
Il lisait les journaux à l'heure du courrier;
Et, tous les soirs, au cercle, en jouant cœur ou pique,
Il suspendait le whist avec sa philippique
Contre le système Perrier.
Il avait de beaux plans dont il donnait copie;
C'était, de son aveu, quelque belle utopie,
Pièce de désespoir pour tous nos écrivains;
Baume qui guérirait les blessures des villes,
En nous sauvant la guerre et la liste civiles,
Et l'impôt direct sur les vins.
Il disait: 'En prenant mon heureux antidote,
Notre pays sera comme une table d'hôte
Où l'on ne verra plus, après de longs repas,
Quand les repus du centre ont quitté leurs serviettes,
Les affamés venir pour récolter les miettes,
Que souvent ils ne trouvent pas!'
Les crédules bourgeois, que ce langage tente,
Les rentiers du jury, les hommes à patente,
L'écoutaient en disant: 'Que ce langage est beau!
Voilà bien les discours que prononce un digne homme!
Si pour son député notre ville le nomme,
Il fera pâlir Mirabeau!'
Il fut nommé! Bientôt, de sa ville natale,
Il ne fit qu'un seul bond jusqu'à la capitale,
S'installant en garni dans le quartier du Bac.
On le vit à la chambre assis au côté gauche,
Muet ou ne parlant qu'à son mouchoir de poche,
Constellé de grains de tabac.
Grave comme un tribun de notre République,
Parfois il regardait evec un œil oblique
Ce centre où s'endormaient tant d'hommes accroupis.
Quel déchirant tableau pour son cœur patriote!
En longs trépignements les talons de sa botte
Fanaient les roses du tapis.
Lorsque Girod (de l'Ain), qui si mal les préside,
Disait: 'Ceux qui voudront refuser le subside
Se lèveront debout': le tribun impoli,
Foudroyant du regard le ministre vorace,
Bondissait tout d'un bloc sur le banc de sa place
Comme une bombe à Tivoli.
Quand il était assis, c'était Caton en buste;
Le peuple s'appuyait sur ce torse robuste;
De tous les rangs du cintre on aimait à le voir ...
Qui donc a ramolli ce marbre de Carrare?
Quel acide a dissous cette perle si rare
Dans la patère du pouvoir?
Peut-être avez-vous vu, dans le cirque hippodrome,
Martin, l'imitateur de l'Androclès de Rome,
Entre ses deux lions s'avancer triomphant;
Son œil fascinateur domptait les bêtes fauves;
Il entrait, sans pâlir, dans leurs sombres alcôves,
Comme dans un berceau d'enfant.
Aujourd'hui, nous avons la clef de ces mystères.
Il se glissait, la nuit, au chevet des panthères;
Sous le linceul du tigre il étendait la main;
Il trompait leur instinct dans la nocturne scène,
Et l'animal, sans force, à ce jongleur obscène
Obéissait le lendemain!
Voilà par quels moyens l'Onan du ministère
Énerve de sa main l'homme le plus austère,
Du tribun le plus chaste assouplit la vertu;
Il vient à lui, les mains pleines de dons infâmes;
'Que veux-tu? lui dit-il; j'ai de l'or, j'ai des femmes,
Des croix, des honneurs! que veux-tu?'
Eh! qui résisterait à ces dons magnifiques?
Hélas! les députés sont des gens prolifiques;
Ils ont des fils nombreux, tous visant aux emplois,
Tous rêvant, jour et nuit, un avenir prospère,
Tous, par chaque courrier, répétant: 'O mon père!
Placez-nous en faisant des lois!'
Et le bon père, ému par ces chaudes missives,
Dépose sur son banc les armes offensives,
Se rapproche du centre, et renonce au combat.
Oh! pour faire au budget une constante guerre,
Il faudrait n'avoir point de parents sur la terre,
Et vivre dans le célibat!
Ou bien, pour résister à ce coupable leurre,
Il faut aller, le soir, où va Dupont (de l'Eure),
Près de lui retremper sa vertu de tribun;
Là veille encor pour nous une pure phalange,
Cénacle politique où personne ne mange
Au budget des deux cent vingt-un!"