Et de trois!... Vous avouerez, monsieur le préfet, qu'il est excessivement désagréable de perdre ainsi un temps précieux; aussi, pour l'éviter, je serais assez d'avis de faire surveiller d'abord les deux grands militaires. Ils aiment le roi, c'est bien; ils sont braves, c'est très-bien; mais ils ont combattu les Turcs, et c'est suspect.—Et ce prêtre qui fait du bien, qui n'habite pas Montrouge ... c'est suspect! très-suspect! car, enfin, il ne suffit pas d'aimer Dieu et son prochain: il faut savoir se faire respecter.—Quant au gros monsieur, il avait un air goguenard avec son bon côté! La grosse dame a rappelé certaine époque où l'on assommait les chiens: j'ai pris cela pour une personnalité. Tenez, si vous m'en croyez, nous dénoncerons toute la voiture; si ça ne fait pas de mal ça ne peut pas faire de bien. Vous voyez ... toujours fidèle à nos principes.
Nous sommes arrivés à ***. J'attends de nouvelles instructions.
J'ai l'honneur d'être, etc.,
L'HOMME-MOUCHE
TROISIÈME LETTRE DE L'HOMME-MOUCHE
A Monsieur le préfet * * *
MONSIEUR LE PRÉFET,—J'ai reçu vos nouveaux ordres à mor arrivée à ***. Je suis logé d'une manière commode et agréable j'ai surtout un fort joli cabinet où je travaille. Je mange à table d'hôte, parce qu'on peut mieux observer. Le théâtre n'est pas très-bon; mais il faut bien aller quelque part.
Je vous avouerai que je ne goûte pas du tout la manière de voir des acteurs.
Je vous recommande surtout de faire défendre un pitoyable mélodrame, où l'on pend un espion; ce n'est pas que je redoute aucune allusion, mais c'est égal, on n'aime pas à voir ce spectacle-là devant les yeux. D'ailleurs, la pièce est immorale, très-immorale!
Il m'est arrivé ici une scène assez bizarre, mais qui prouve combien vos employés, mes confrères, font bien leur devoir.