Le petit Chose prit la lettre.
— D’après ce que je vois, dit-il tout en lisant, je n’ai pas de temps à perdre.
— Il faudrait partir demain.
— C’est bien, je partirai.
Là-dessus le petit Chose replia la lettre et la rendit à son père d’une main qui né tremblait pas. C’était un grand philosophe, comme vous voyez.
A ce moment, Mme Eyssette entra dans le magasin, puis Jacques timidement derrière elle.... Tous deux s’approchèrent du petit Chose et l’embrassèrent en silence; depuis la veille ils étaient au courant de ce qui se passait.
— Qu’on s’occupe de sa malle! fit brusquement M. Eyssette, il part demain matin par le bateau.
Mme Eyssette poussa un gros soupir, Jacques esquissa un sanglot, et tout fut dit.
On commençait à être fait au malheur dans cette maison-là.
Le lendemain de cette journée mémorable, toute la famille accompagna le petit Chose au bateau. Par une coïncidence singulière, c’était le même bateau qui avait amené les Eyssettes à Lyon six ans auparavant. Naturellement on se rappela le parapluie d’Annou, le perroquet de Robinson, et quelques autres épisodes du débarquement. Ces souvenirs égayèrent un peu ce [24] triste départ, et amenèrent l’ombre d’un sourire sur les lèvres de Mme Eyssette.