Tout à coup la cloche sonna. Il fallait partir.

Le petit Chose, s’arrachant aux étreintes de ses amis, franchit bravement la passerelle.

— Sois sérieux, lui cria son père.

— Ne sois pas malade, dit Mme Eyssette.

Jacques voulait parler, mais il ne put pas; il pleurait trop.

Le petit Chose ne pleurait pas, lui. La joie de quitter Lyon, le mouvement du bateau, l’ivresse du voyage, l’orgueil de se sentir homme,—homme libre, homme fait, voyageant seul et gagnant sa vie,—tout cela l’empêchait de songer, comme il aurait dû, aux trois êtres chéris qui sanglotaient là-bas, debout sur les quais du Rhône....

Le premier soin du petit Chose, en arrivant dans sa ville natale, fut de se rendre à l’Académie, où logeait M. le recteur.

Ce recteur, ami d’Eyssette père, était un grand beau vieux, alerte et sec, n’ayant rien qui sentît le pédant, ni quoi que ce fût de semblable. Il accueillit Eyssette fils avec une grande bienveillance. Toutefois, quand on l’introduisit dans son cabinet, le brave homme ne put retenir un geste de surprise.

— Ah! mon Dieu! dit-il, comme il est petit!

Le fait est que le petit Chose était ridiculement petit; et puis l’air si jeune, si mauviette!