Bamban travaillait de meilleur cœur maintenant que nous étions amis.

Quand il avait terminé une page, il s’empressait de gravir ma chaire à quatre pattes et posait son chef-d’œuvre devant moi, sans parler. [50]

Je lui donnais une petite tape affectueuse en lui disant: “C’est très bien!” C’était hideux, mais je ne voulais pas le décourager.

De fait, peu à peu, les bâtons commençaient à marcher plus droit, la plume crachait moins, et il y avait moins d’encre sur les cahiers.... Je crois que je serais venu à bout de lui apprendre quelque chose; malheureusement la destinée nous sépara. Le maître des moyens quittait le collège. Comme la fin de l’année était proche, le principal ne voulut pas prendre un nouveau maître. On installa un rhétoricien à barbe dans la chaire des petits, et c’est moi qui fus chargé de l’étude des moyens.

Je considérai cela comme une catastrophe.

D’abord les moyens m’épouvantaient. Je les avais vus à l’œuvre les jours de Prairie, et la pensée que j’allais vivre sans cesse avec eux me serrait le cœur.

Puis il fallait quitter mes petits, mes chers petits que j’aimais tant.... Comment serait pour eux le rhétoricien à barbe?... Qu’allait devenir Bamban? J’étais réellement malheureux.

Et mes petits aussi se désolaient de me voir partir. Le jour où je leur fis ma dernière étude, il y eut un moment d’émotion quand la cloche sonna.... Ils voulurent tous m’embrasser.... Quelques-uns même, je vous assure, trouvèrent des choses charmantes à me dire.

Et Bamban?...

Bamban ne parla pas. Seulement, au moment où je sortais, il s’approcha de moi, tout rouge, et me mit dans [51] la main, avec solennité, un superbe cahier de bâtons qu’il avait dessinés à mon intention.