A la place des yeux noirs parait la vieille fée, la terrible fée aux lunettes.

Le petit Chose n’ose pas demander d’explications; mais il est consterné.... Pourquoi ne sont-ils pas revenus?... Il attend le soir avec impatience.... Hélas! le soir encore, les yeux noirs ne viennent pas, ni le lendemain non plus, ni les jours D’après, ni jamais.

On a chassé les yeux noirs. On les a renvoyés aux Enfants trouvés, où ils resteront enfermés pendant quatre ans, jusqu’à leur majorité.... Les yeux noirs volaient du sucre!...

Adieu les beaux jours de l’infirmerie! les yeux noirs s’en sont allés, et, pour comble de malheur, voilà les [63] élèves qui reviennent.... Eh, quoi! déjà la rentrée!... Oh! que ces vacances ont été courtes!

Pour la première fois depuis six semaines le petit Chose descend dans les cours, pâle, maigre, plus petit Chose que jamais.... Tout le collège se réveille. On le lave du haut en bas. Les corridors ruissellent d’eau. Férocement, comme toujours, les clefs de M. Viot se démènent. Terrible M. Viot, il a profité des vacances pour ajouter quelques articles à son règlement et quelques clefs à son trousseau. Le petit Chose n’a qu’à bien se tenir.

Chaque jour il arrive des élèves.... Clic! clac! On revoit devant la porte les chars à bancs et les berlines de la distribution des prix.... Quelques anciens manquent à l’appel, mais des nouveaux les remplacent. Les divisions se reforment. Cette année, comme l’an dernier, le petit Chose aura l’étude des moyens. Le pauvre pion tremble déjà. Après tout, qui sait? les enfants seront peut-être moins méchants cette année-ci.

VIII

L’AFFAIRE BOUCOYRAN

Personne ne se sentait en train, ni les maîtres, ni les élèves. On s’installait.... Apres deux grands mois de repos le collège avait peine à reprendre son va-et-vient habituel. Les rouages fonctionnaient mal, comme ceux d’une vieille horloge, qu’on aurait depuis longtemps [64] oublié de remonter. Peu à peu, cependant, grâce aux efforts de M. Viot, tout se régularisa. Chaque jour, aux mêmes heures, au son de la même cloche, on vit de petites portes s’ouvrir dans les cours et des litanies d’enfants, roides comme des soldats de bois, défiler deux par deux sous les arbres, puis la cloche sonnait encore,— ding! dong!—et les mêmes enfants repassaient par les mêmes petites portes! Ding! dong! Levez-vous. Ding! dong! Couchez-vous. Ding! dong! Instruisez-vous! Ding! dong! Amusez-vous. Et cela pour toute l’année.

Les terribles moyens m’étaient revenus de leurs montagnes, plus laids, plus âpres, plus féroces que jamais. De mon côté j’étais aigri; la maladie m’avait rendu nerveux et irritable; je ne pouvais plus rien supporter.... Trop doux l’année précédente, je fus trop sévère cette année....