Chez le principal!... Que pouvait avoir à me dire le principal?... Le portier me regardait avec un drôle d’air. Tout à coup l’idée du sous-préfet me revint.
— Est-ce que M. le sous-préfet est là-haut? demandai-je.
Et le cœur palpitant d’espoir je me mis à gravir les degrés de l’escalier quatre à quatre.
Il y a des jours où l’on est comme fou. En apprenant que le sous-préfet m’attendait, savez-vous ce que j’imaginai? Je m’imaginai qu’il avait remarqué ma bonne mine à la distribution, et qu’il venait au collège tout exprès pour m’offrir d’être son secrétaire. Cela me paraissait la chose la plus naturelle du monde. La lettre de Jacques avec ses histoires de vieux marquis m’avait troublé la cervelle, à coup sur.
Quoi qu’il en soit, à mesure que je montais l’escalier, ma certitude devenait plus grande: secrétaire du sous-préfet; je ne me sentais pas de joie....
En tournant le corridor, je rencontrai Roger. Il était très pâle; il me regarda comme s’il voulait me parler; mais je ne m’arrêtai pas: le sous-préfet n’avait pas le temps d’attendre.
Quand j’arrivai devant le cabinet du principal, le cœur me battait bien fort, je vous jure. Secrétaire de M. le sous-préfet! Il fallut m’arrêter un instant pour reprendre haleine; je rajustai ma cravate, je donnai avec mes doigts un petit tour à mes cheveux et je tournai le bouton de la porte doucement. [76]
Si j’avais su ce qui m’attendait!
M. le sous-préfet était debout, appuyé négligemment au marbre de la cheminée et souriant dans ses favoris blonds. M. le principal, en robe de chambre, se tenait près de lui humblement, son bonnet de velours à la main, et M. Viot, appelé en hâte, se dissimulait dans un coin.
Dès que j’entrai, le sous-préfet prit la parole.