— C’est donc Monsieur, dit-il en me désignant, qui s’amuse à écrire à nos femmes de chambre?

Il avait prononcé cette phrase d’une voix claire, ironique et sans cesser de sourire. Je crus d’abord qu’il voulait plaisanter et je ne répondis rien, mais le sous-préfet ne plaisantait pas; après un moment de silence, il reprit en souriant toujours:

— N’est-ce pas à monsieur Daniel Eyssette que j’ai l’honneur de parler, à monsieur Daniel Eyssette qui a écrit à la femme de chambre de ma femme?

Je ne savais de quoi il s’agissait; mais en entendant ce mot de femme de chambre, qu’on me jetait ainsi à la figure pour la seconde fois, je me sentis rouge de honte, et ce fut avec une véritable indignation que je m’écriai:

— Une femme de chambre, moi!...

A cette réponse, je vis un éclair de mépris jaillir des lunettes du principal, et j’entendis les clefs murmurer dans leur coin: “Quelle effronterie!”

Le sous-préfet, lui, ne cessait pas de sourire; il prit sur la tablette de la cheminée un petit paquet de papiers que je n’avais pas aperçus d’abord, puis se tournant vers moi et les agitant négligemment:

— Monsieur, dit-il, voici des témoignages fort [77] graves qui vous accusent. Ce sont des lettres qu’on a surprises chez la demoiselle en question. Elles ne sont pas signées, il est vrai, et, d’un autre côté, la femme de chambre n’a voulu nommer personne. Seulement dans ces lettres il est souvent parlé du collège, et, malheureusement pour vous, M. Viot a reconnu votre écriture et votre style....

Ici les clefs grincèrent férocement et le sous-préfet, souriant toujours, ajouta:

— Tout le monde n’est pas poète au collège de Sarlande.