A ces mots une idée fugitive me traversa l’esprit: je voulus voir de près ces papiers, je m’élançai; le principal eut peur d’un scandale et fit un geste pour me retenir. Mais le sous-préfet me tendit le dossier tranquillement.
— Regardez! me dit-il.
Miséricorde! ma correspondance avec Cécilia.
— Eh bien! qu’en dites-vous, seigneur don Juan? ricana le sous-préfet, après un moment de silence. Est-ce que ces lettres sont de vous, oui ou non?
Au lieu de répondre, je baissai la tête. Un mot pouvait me disculper; mais ce mot, je ne le prononçai pas. J’étais prêt à tout souffrir plutôt que de dénoncer Roger.... Car remarquez bien qu’au milieu de cette catastrophe le petit Chose n’avait pas un seul instant soupçonné la loyauté de son ami. En reconnaissant les lettres, il s’était dit tout de suite: “Roger aura eu la paresse de ne pas les recopier; il a mieux aimé faire une partie de billard de plus et envoyer les miennes.” Quel innocent, ce petit Chose! [78]
Quand le sous-préfet vit que je ne voulais pas répondre, il remit les lettres dans sa poche, et, se tournant vers le principal et son acolyte:
— Maintenant, messieurs, vous savez ce qui vous reste à faire.
Sur quoi les clefs de M. Viot frétillèrent d’un air lugubre, et le principal répondit, en s’inclinant jusqu’à terre, “que M. Eyssette avait mérité d’être chassé sur l’heure, mais qu’afin d’éviter tout scandale, on le garderait au collège encore huit jours”. Juste le temps de faire venir un nouveau maître.
A ce terrible mot “chassé”, tout mon courage m’abandonna. Je saluai sans rien dire, et je sortis précipitamment. A peine dehors, mes larmes éclatèrent.... Je courus d’un trait jusqu’à ma chambre, en étouffant mes sanglots dans mon mouchoir....
Roger m’attendait; il avait l’air fort inquiet et se promenait à grands pas, de long en large.