An entirely new conception is the ballet-divertissement, "Les Noces," where in addition to an orchestra from which string instruments are excluded, there are four solo voices and a chorus supporting the whole fabric of sound, sometimes alternately and sometimes in combination, without a single interruption throughout the whole work. The music of the Noces, like all the later works by Stravinsky, is directly and exclusively written to satisfy the auditive faculty of the hearer and it is thus a new affirmation of the reaction against the subjective expression in music that has so many adepts among the greatest composers of the nineteenth and the opening of the present century. If he can be compared to any older masters, he certainly has far more affinity with Haydn and Mozart than with any nineteenth century composer, and it is less surprising than those who are but superficially acquainted with his work might be inclined to think, that he should have found a very congenial task in composing on the basis of some pieces by Pergolesi the ballet of "Pulcinella," a task of which he acquitted himself with a delicacy and a reverence that none but a kindred spirit could have achieved.


Igor Strawinsky est né à Oranienbaum, près de St. Petersbourg, 5 (18) Juin, 1882. Son père, un chanteur d'opéra qui jouissait d'une grande faveur auprès du public de la capitale assidu au Théâtre Marie, découvrit bientôt les remarquables dons musicaux de l'enfant et ne négligea point de les développer, bien qu'il souhaitât le voir poursuivre l'étude du droit. Conformément à cette intention, Igor Strawinsky entra par la suite à l'Université de St. Petersbourg et se consacra à l'étude de la jurisprudence, non sans de vives et presque irrésistibles tentations de l'abandonner pour la musique. Il avait ainsi atteint l'âge de vingt-deux ans quand une rencontre avec Rimsky-Korsakow, qui vit et apprécia l'étonnant talent du jeune homme, fut l'événement qui décida de sa vie. Il se déclara prêt à le prendre pour élève.

La conséquence directe de l'enseignement de Rimsky fut, tout d'abord, une Symphonie commencée en 1905 et achevée en 1907; et qui fut suivie par Faune et Bergère, suite de mélodies avec orchestre, et par deux œuvres pour orchestre Feu d'artifice et Scherzo fantastique. Cette dernière œuvre fut l'occasion d'une rencontre qui allait engager l'activité de Strawinsky dans une nouvelle voie; il fit alors la rencontre de Serge de Diaghileff qui fut frappé de la couleur et de la vie de l'œuvre qu'il venait d'entendre et qui décida le compositeur à mettre en musique un des ballets qu'il se proposait de monter. Ce fut l'Oiseau de feu (1910), suivi peu après par Petrouchka (1911) et le Sacre du Printemps (1913). Puis vint un opéra, commencé plusieurs années auparavant, le Rossignol, achevé en 1914 et dont le deuxième et troisième acte furent ensuite convertis en poème symphonique: le Chant du Rossignol (1917). Strawinsky avait quitté la Russie au début de sa carrière et a vécu depuis lors alternativement à Paris et sur les bords du lac de Genève.

Il est presque impossible aujourd'hui de considérer l'oeuvre d'Igor Strawinsky avec le détachement qui est la condition d'une appréciation judicieuse, et d'éviter de prendre part dans la violente controverse à laquelle elle a donné naissance, controverse qui est par elle-même le témoignage de la vitalité de cette oeuvre: car la musique de Strawinsky est une expression si caractéristique des tendances artistiques de notre temps que même ceux qui la détestent le plus ne peuvent la passer sous silence. Il est peut-être à peine paradoxal d'affirmer que tous les critiques sont essentiellement d'accord sur sa signification et qu'ils ne diffèrent que par le point de vue d'où ils la considèrent.

Peu de compositeurs ont connu un développement aussi rapide et aussi considérable que Strawinsky, et c'est probablement pourquoi ses dernières oeuvres déconcertent si complètement ceux qui ne sont pas familiarisés avec des oeuvres précédentes. On ne peut en effet trop insister sur le fait que si décousue que puisse paraître l'oeuvre de Strawinsky aux yeux d'un observateur superficiel, il révèle une évolution graduelle et parfaitement logique au cours de laquelle chaque oeuvre prend sa place et contribue à dessiner la courbe d'une évolution, (trop souvent considérée comme révolution) qu'il est seulement plus difficile de suivre que celle des autres compositeurs parce qu'elle est plus rapide. Strawinsky a parcouru en dix ans un chemin que la plupart des autres auraient mis cinquante ans à franchir, si même ils l'avaient franchi. Comment s'étonner alors qu'il laisse haletants sur le bord de la route bon nombre de ceux qui s'efforcent de le suivre?

Ce développement commence aussitôt après la Symphonie, première oeuvre de Strawinsky, et seul exemple d'utilisation d'une forme classique qu'il ait donné pour exprimer ses idées, idées qui étaient dès alors assez originales pour l'amener à se créer des moules nouveaux et plus souples. Les oeuvres suivantes; Faune et Bergère, Feu d'artifice et le Scherzo fantastique, donnent déjà la sensation d'une spontanéité beaucoup plus vive, et en dépit de visibles influences (spécialement celle de Rimsky) d'une plus grande individualité. L'empreinte de Rimsky sur son élève était, même à cette époque des débuts, limitée à un certain pittoresque qui devint bientôt trop facile pour Strawinsky et à l'exemple de la brillante orchestration du maître, héritage qui devait porter des intérêts composés entre les mains de l'élève. Cette influence se montre pour la dernière fois et grandement atténuée dans l'Oiseau de Feu et se réduit à l'emploi caractéristiquement national du matériel thématique. On peut remarquer en passant que l'élément national est une question secondaire dans la musique de Strawinsky, et que l'expression personnelle prédomine toujours; il est par dessus tout un musicien, et seulement occasionnellement un musicien russe, exactement comme Pouchkine était, d'abord et avant tout, un poète qui dut au seul hasard de la naissance de s'exprimer en russe. Mais chez Strawinsky l'idiome national ne passe qu'immédiatement après l'expression universellement humaine, sans quoi nous n'aurions jamais eu Petrouchka. Dans ce ballet, que considèrent encore comme son chef d'oeuvre ceux qui ne peuvent le suivre plus loin, il a certainement atteint sa pleine maturité et révèle complètement sa personnalité. Considérer la musique de Petrouchka comme uniquement descriptive, ainsi que l'auditeur occasionel peut être tenté de le faire, c'est s'abuser entièrement. Chez Strawinsky, ainsi qu'on l'a déjà vu dans l'Oiseau de Feu, où elle est plutôt un récit qu'une illustration, la musique n'est jamais subordonnée à quoique ce soit d'autre, même lorsqu'elle se trouve alliée à des conceptions littéraires, théâtrales ou chorégraphiques. C'est un organisme séparé et qui demeure toujours de la musique absolu s'adressant aux sens bien plus qu'à l'intellect. Elle n'est pas explicative, mais parallèle, c'est un stimulant qui éveille d'autres idées; de là la possibilité de donner du Sacre du Printemps deux expressions chorégraphiques entièrement différentes. La tendance à attacher, à un scenario, de la musique pure qui, si analogue qu'elle puisse être par le sentiment, en demeure cependant indépendante, se montre au plus haut point dans l'Histoire du Soldat et dans Renard. Que la musique de la première, par exemple, puisse être goûtée séparément, comme de la musique pure et simple, on en a eu la preuve par plus d'une exécution au concert, et on peut l'avoir aussi en jouant chez soi l'arrangement en Trio (piano, violon et clarinette) ou la suite pour piano que l'auteur a faite de quelques uns des principaux morceaux.