Ce fait lui-même bien connu pouvait conduire à de faux résultats; il portait à croire que l’indépendance des colonies était un bien pour les métropoles: mais en remontant à ses véritables causes, la conséquence s’est resserrée. Maintenant on n’est plus en droit d’y voir autre chose, si ce n’est que l’indépendance des Etats-Unis a été utile à l’Angleterre, et qu’elle le serait à tous les Etats du Continent qui, d’une part, offriraient les mêmes avantages à des colonies du même genre, et, de l’autre, seraient secondés par les mêmes fautes de leurs voisins.

Le développement des causes de ce fait a amené beaucoup de conséquences ultérieures.

En parcourant ces causes on a dû conclure successivement:

1ᵒ. Que les premières années qui suivent la paix décident du système commercial des Etats; et que s’ils ne savent pas saisir le moment pour la tourner à leur profit, elle se tourne presque inévitablement à leur plus grande perte.

2ᵒ. Que les habitudes commerciales sont plus difficiles à rompre qu’on ne pense, et que l’intérêt rapproche en un jour et souvent pour jamais ceux que les passions les plus ardentes avaient armés pendant plusieurs années consécutives:

3ᵒ. Que dans le calcul des rapports quelconques qui peuvent exister entre les hommes, l’identité de langage est une donnée des plus concluantes:

4ᵒ. Que la liberté et surtout l’égalité des cultes est une des plus fortes garanties de la tranquillité sociale; car là ou les consciences sont respectées, les autres droits ne peuvent manquer de l’être:

5ᵒ. Que l’esprit de commerce, qui rend l’homme tolérant par indifférence, tend aussi à le rendre personnel par avidité, et qu’un peuple surtout dont la morale a été ébranlée par de longues agitations, doit, par des institutions sages, être attiré vers l’agriculture; car le commerce tient toujours en effervescence les passions, et toujours l’agriculture les calme.

Enfin, qu’après une révolution qui a tout changé, il faut savoir renoncer à ses haines si l’on ne veut renoncer pour jamais à son bonheur.