[57] Mémoires de Rovigo, vol. vi. p. 66.

[58] “Une mauvaise paix ne peut nous devenir aussi funeste que la continuation d’une guerre qui ne peut plus nous être favorable.”—Mémoires de Rovigo, vol. vi. p. 229.

[59] “‘Jamais,’ dit-il au dignitaire qui le lui insinuait, ‘jamais je ne donnerai la main à la perte d’un homme qui m’a longtemps servi.’”—Mémoires de Rovigo, vol. vi. p. 298.

[60] M. Thiers gives the account of such a scene as we have just described, but fixes it in 1809; nothing is omitted, not even the position of M. de Talleyrand and his hat; and in this account M. Thiers makes Napoleon accuse Talleyrand of the murder of the Duc d’Enghien.

I cannot but believe that M. Thiers’s authority has been incorrect. Count Molé could not be mistaken as to dates and facts, for he was present at the scene I have related, and stated to me all the details, as I have given them, without touching on the Duc d’Enghien, which he certainly would have spoken of had Napoleon himself done so. The Emperor’s reproaches were, according to Count Molé, entirely confined to what he considered were M. de Talleyrand’s intrigues at that particular time—intrigues which were not, however, then further advanced than in clearing away the obstacles which might interfere with his defection, if Napoleon was ultimately defeated.

[61] “Eh bien! voilà donc la fin de tout ceci. N’est-ce pas aussi votre opinion? Ma foi! c’est perdre une partie à beau jeu. Voyez un peu où mène la sottise de quelques ignorants qui exercent avec persévérance une influence de chaque jour. Pardieu! l’Empereur est bien à plaindre, et on ne le plaindra pas, parce que son obstination à garder son entourage n’a pas de motif raisonnable; ce n’est que de la faiblesse qui ne se comprend pas dans un homme tel que lui. Voyez, monsieur, quelle chute dans l’histoire! Donner son nom à des aventures au lieu de le donner à son siècle! Quand je pense à cela je ne puis m’empêcher d’en gémir. Maintenant quel parti prendre? Il ne convient pas à tout le monde de se laisser engloutir sous les ruines de cet édifice. Allons, nous verrons ce qui arrivera!

“L’Empereur, au lieu de me dire des injures, aurait mieux fait de juger ceux qui lui inspiraient des préventions; il aurait vu que des amis comme ceux-là sont plus à craindre que des ennemis. Que dirait-il d’un autre s’il s’était laissé mettre dans cet état?”—Mémoires du Duc de Rovigo, cités par M. Thiers.

[62] “Le lendemain, 12 avril, on se mit en marche pour aller au-devant de Monsieur. Le temps était admirable; c’était un de ces premiers jours du printemps, ravissants sous la température de Paris, où le soleil brille de tout son éclat, et ne distribue qu’une chaleur douce aux germes encore tendres qui sourdissent de toutes parts. Quelques fleurs déjà entr’ouvertes, un vert tendre qui commençait à poindre sur les arbres, le chant des oiseaux printaniers, l’air de joie répandu sur les figures, et le vieux refrain du bon Henri qui marquait la marche, avaient signalé cette entrée comme la fête de l’Espérance. Il y régnait peu d’ordre, mais on y répandait des larmes. Dès qu’on vit paraître le prince, M. de Talleyrand alla à sa rencontre, et en s’appuyant sur le cheval du prince, avec la grâce nonchalante qu’autorise la faiblesse de ses jambes, il lui débita un compliment en quatre lignes, frappé au coin d’une sensibilité exquise. Le prince, qui, de toutes parts se sentait pressé par des Français, était trop ému pour pouvoir répondre; il dit, d’une voix étouffée par les sanglots: ‘Monsieur de Talleyrand, Messieurs, je vous remercie; je suis trop heureux. Marchons, marchons, je suis trop heureux!’

“Nous avons entendu depuis, le même prince répondre avec de la présence d’esprit et du bonheur aux harangues qu’on lui faisait, mais, pour ceux qui l’ont vu et qui l’ont entendu à son entrée à Paris, il ne fut jamais aussi éloquent que ce jour-là. Le cortège se mit en marche pour Notre-Dame, suivant l’antique usage d’aller porter à Dieu, dans la première église de Paris, les hommages solennels des Français pour chaque événement heureux. La garde nationale formait le fond du cortège, mais il se composait aussi d’officiers russes, prussiens, autrichiens, espagnols, portugais, à la tête desquels le prince apparaissait comme un ange de paix descendu au milieu de la grande famille européenne. Depuis la Barrière de Bondy jusqu’au Parvis Notre-Dame, il n’y avait pas une fenêtre qui ne fût garnie de figures rayonnantes de joie. Le peuple, répandu dans les rues, poursuivait le prince de ses applaudissements et de ses cris. A peine pouvait-il avancer au milieu de l’ivresse générale, et il répondit à quelqu’un qui voulait écarter de si douces entraves: ‘Laissez, Monsieur, laissez, j’arriverai toujours trop tôt.’

“C’est ainsi que le prince fut, s’il est permis de le dire, porté jusqu’à Notre-Dame sur les cœurs des Français; et à son entrée dans le sanctuaire, lorsqu’il se prosterna aux pieds de l’autel, qui avait, durant tant de siècles, reçu les prières de ses pères, un rayon de lumière très-vive vint frapper sur sa figure et lui imprima je ne sais quoi de céleste. Il priait avec ardeur; tous priaient avec lui. Des larmes mouillaient nos yeux; il en échappait aux étrangers eux-mêmes. Oh! avec quelle vérité, avec quelle ardeur, chaque strophe de l’hymne de la reconnaissance était poussée vers les cieux! A la fin de la cérémonie, de vieux serviteurs du prince qui avaient pleuré trente ans son absence embrassaient ses genoux, et il les relevait avec cette grâce du cœur si touchante et qui lui est si naturelle. Le retour, de Notre-Dame aux Tuileries ne fut pas moins animé, moins heureux, et, parvenu dans la cour du palais, le prince descendit le cheval et adressa à la garde nationale une allocution parfaitement appliquée à la situation. Il prit la main à plusieurs officiers et soldats, les pria de se souvenir de ce beau jour, et leur protesta que lui-même ne l’oublierait jamais. Je fis ouvrir devant le prince les portes du palais et j’eus l’honneur de l’introduire dans l’aile qu’il devait habiter.