“Quoique l’âge eût marqué pour M. Reinhard le temps du repos, il n’aurait jamais demandé sa retraite, tant il aurait crainte de montrer de la tiédeur a servir dans une carrière qui avait été celle de toute sa vie.
“Il a fallu que la bienveillance royale, toujours si attentive, fut prévoyante pour lui, et donnât à ce grand serviteur de la France la situation la plus honorable en l’appelant à la chambre des pairs.
“M. le comte Reinhard n’a pas joui assez longtemps de cet honneur, et il est mort presque subitement le 25 décembre, 1837.
“M. Reinhard s’était marié deux fois. Il a laissé du premier lit un fils qui est aujourd’hui dans la carrière politique. Au fils d’un tel père, tout ce qu’on peut souhaiter de mieux, c’est de lui ressembler.”
[81] “Nous avons dit qu’à la suite du testament du prince de Talleyrand se trouvait une sorte de manifeste, dans lequel le célèbre diplomate exposait les principes qui l’avaient guidé dans sa vie politique, et exprimait sa manière de voir à l’égard de certains événements.
“Voici, d’après les renseignements que nous avons recueillis, ce que contient en substance cette déclaration, qui porte la date de 1836, et qui, conformément au vœu du testateur, a été lui à la famille et à ses amis assemblés.
“Le prince déclare qu’avant tout et à tout, il a préféré les vrais intérêts de la France.
“S’expliquant sur la part qu’il a prise à la rentrée des Bourbons en 1814, il dit que, dans son opinion, les Bourbons ne remontaient pas sur le trône en vertu d’un droit héréditaire, et pré-existant, et il donne même à entendre que ses conseils et ses avis ne leur manquèrent pas pour les éclairer sur leur vraie position, et sur la conduite qu’ils devaient tenir en conséquence.
“Il repousse le reproche d’avoir trahi Napoléon: s’il l’a abandonné, c’est lorsqu’il reconnut qu’il ne pouvait plus confondre, comme il l’avait fait jusqu’alors, la France et l’Empereur dans une même affection; ce ne fut pas sans un vif sentiment de douleur, car il lui devait à peu près toute sa fortune; il engage ses héritiers à ne jamais l’oublier, à le répéter à leurs enfants, et ceux-ci à ceux qui naîtront d’eux, afin, dit-il, que si quelque jour un homme du nom de Bonaparte se trouvait dans le besoin, ils s’empressassent de lui donner aide, secours et assistance.
“Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir servi successivement tous les gouvernements, il déclare qu’il ne s’en est fait aucun scrupule, et qu’il a agi ainsi, guidé par cette pensée que, dans quelque situation que fût un pays, il y avait toujours moyen de lui faire du bien, et que c’était a opérer ce bien que devait s’appliquer un homme d’état.”