Les sauvages que l’on nomme Saulteurs [Chippewais] sont au sud du lac Superieur ... ils ont pour voysins et amis les Scioux, sur les limites desquels ils chassent, quand ils veulent....

Si on avance dans le nord, vers l’entree d’Ouisconching, l’hiver y est extremement froid et long. C’est la ou les castors sont les meilleurs, et le pays ou la chasse dure plus longtemps dans l’annee....

Ils tirent aussy l’hyver de dessous la glace dans les marests ou il y a beaucoup de vase et peu d’eau, une certaine racine, ... mais elle ne se trouve que dans la Louisianne, a quinze lieues plus haut que l’entree d’Ouisconching. Les sauvages nomme en leur langue cette racine Pokekoretch....

Mais les peuples plus avancez dans le nord, jusqu’a la hauteur d’Ouisconching, n’ont plus de ces nefles, et ceux qui sont encore plus loin manquent de ces noix semblables a celles de France....

Car ce pays [des sauvages des prairies] n’est que plaines; il y a seulement quelques islets ou ils ont coustume d’aller camper pour faire secher leurs viandes....

Quand touts les Outaouas se furent repandus vers les lacs [au Mechingan (3)], les Saulteurs et les Missisakis s’enfuirent dans le nord, et puis a Kionconan(4) faute de chasse; et les Outaouas craignants de n’estre pas assez forts pour soustenir les incursions des Iroquois, qui estoient informez de l’endroit ou ils avoient fait leur establissement, se refugierent au Micissypy, qui se nomme a present la Louisianne. Ils monterent ce fleuve a douze lieues ou environ d’Ouisconching, ou ils trouverent une autre riviere qui se nomme des Ayoes(5). Ils la suivirent jusqu’a sa source et y recontrerent des nations qui les receurent cordialement. Mais, dans toutte l’etendue de pays qu’ils parcoururent, n’ayant pas veu de lieu propre a s’establir, a cause qu’il n’y avait dutout point de bois, et qu’il ne paroissoit que prairies et rases campagnes, quoyque les buffles et autres bestes y fusses en abondance, ils reprirent leur mesme route pour retourner sur leurs pas; et, apres avoir encore une fois aborde la Louisianne, ils monterent plus haut.

Ils n’y furent pas longtemps sans s’ecarter pour aller d’un coste et d’autre a la chasse: je parle d’une partie seulement de leurs gens, que les Scioux rencontierent, prirent et ammenerent a leurs villages, ... et puis les rendirent a leurs gens.

Les Outaouas et Hurons les recurent fort bien a leur tour, sans neantmoins leur faire de grands presents. Les Scioux estant revenus chez eux avec quelques petites choses qu’ils avoient receues des Outaouas, en firent part aux autres villages leurs alliez, et donnèrent aux uns des haches et aux autres quelques cousteaux ou alaines. Touts ces villages envoyerent des deputez chez les Outaouas(6).—— ...

Les Scioux faisoient milles caresses aux Hurons et Outaouas partout ou ils estoient.—— ... Les Outaouas se determinerent enfin a choisir l’isle nommee Pelee pour s’establir; ou ils furent quelquees annees en repos. Ils y receurent souvent la visitte des Scioux....

Les Hurons, ayant assez d’audace pour s’imaginer que les Scioux estoient incapables de leur resister sans armes de fer et a feu, conspirerent avec les Outaouas de les entreprendre et de leur faire le guerre, afin de les chasser de leur pays, et de se pouvoir estendre d’avantage pour chercher leur subsistance. Les Outaouas et les Hurons se joignirent ensemble et marcherent contre les Scioux. Ils crurent que sitost qu’ils paroistroient, ils fuiroient; mais ils furent bien trompez; car ils soustinrent leurs efforts, et mesme les repousserent, et s’ils ne s’estoient retirez ils auroient estez entierement deffaits par le grand nombre de monde, qui venoient des autres villages de leurs alliez a leur secours. On les poursuivit jusqu’a leur establissement, ou ils furent contraints de faire un mechant fort, qui ne laissa par d’estre capable de faire retirer les Scioux, puisqu’ils n’oserent entreprendre de l’attaquer.