Les incursions continuelles que les Scioux faisoient sur eux les contraignirent de fuir(7). Ils avoient eu connoissance d’une riviere qu’on nomme la Riviere Noire; ils entrerent dedans et, estant arrivez la ou elle prend sa source, les Hurons y trouverent un lieu propre pour s’y fortiffier et y establir leur village. Les Outaouas pousserent plus loin, et marcherent jusqu’au lac Superieur, et fixerent leur demeure a Chagouamikon. Les Scioux, voyant leurs ennemis partis, demeurerent en repos sans les suivre d’avantage; mais les Hurons n’en voulurent point demeurer la; ils formerent quelques partys contre eux, qui firent peu d’effect, leur attirerent de la part des Scioux de frequentes incursions, et les obligerent de quitter leur fort pour aller joindre les Outaouas a Chagouamikon, avec une grande perte de leurs gens. Aussytost qu’ils furent arrivez, ils songerent a former un party de cent hommes pour aller contre les Scioux, et s’en vanger.

Il est a remarquer que le pays ou ils sont [les Sioux] n’est autre chose que lacs et marests remplis de folles avoines, separes les uns des autres par de petites langues de terre qui n’ont tout au plus d’un lac a l’autre que trente a quarante pas, et d’autres cinq a six ou un peu plus. Ces lacs ou marests contiennent cinquante lieues et d’avantage en carre, et ne sont separes par aucune riviere que par celle de la Louisianne, qui a son lit dans le milieu, ou une partie de leurs eaux viennent se degorger. D’autres tombent dans la riviere de Sainte Croix, qui est situee a leur egard au nord-est, et qui les range de pres. Enfin les autres marests et lacs situez a l’ouest de la riviere de Saint Pierre s’y vont jetter pareillement; si bien que les Scioux sont inaccessibles dans un pays si marecageaux, et ne peuvent y estre detruits que par des ennemis ayant des cannots comme eux pour les poursuivre; parceque dans ces endroits il n’y a que cinq ou six familles ensemble, qui forment comme un gros, ou une espece de petit village, et tous les autres sont de mesme eloignez a une certaine distance, afin d’estre a portee de se pouvoir prester la main a la premiere alarme. Si quelqu’une de ces petites bourgades est attaquee, l’ennemy n’en peut deffaire que tres peu, parceque tous les voysins se trouvent assemblez tout d’un coup, et donnent un prompt secours ou il est besoin. La methode qu’ils ont pour naviguer dans ces sortes de lacs est de couper dedans leur semences, avec leurs cannots, et, les portant de lac en lac ils obligent l’ennemy qui veut fuir a tourner autour; qui vont tousjours d’un lac a un autre, jusqu’a ce qu’ils les ayent tous passez, et qu’ils soient arrivez a la grand terre.

Les cent hommes Hurons s’engagerent dans le milieu de ces marests, sans cannots, ou ils furent decouverts par quelques Scioux, qui accoururent pour donner l’alarme par tout. Cette nation estoit nombreuse, dispersee dans toutte la circonference des marests, ou l’on recueilloit quantite de folles avoines, qui est le grain de cette nation, dont le goust est meilleur que celuy du riz.

Plus de trois mil Scioux se rendirent de touts costez, et investirent les Hurons, ... de tout ce party, il n’en echapa qu’un(8).

...

Les Hurons, se voyant fort peu de monde, prirent le party de ne pas songer a se venger et de vivre paisiblement a Chagouamikon pendant plusieurs annees. Pendant tout ce temps la, ils ne furent point insultez des Scioux, qui ne s’appliquerent uniquement qu’a faire la guerre aux Kiristinons, aux Assiniboules et a toutes les nations du nord, qu’ils ont detruits et desquels ils se sont aussy faits detruire respectivement....

Le Pere Mesnard qu’on avoit donne pour missionnaire aux Outaouas [1660], accompagne de quelques Francois qui alloient commercer chez cette nation, fust abandonne de touts ceux qu’il avoit avec luy, a la reserve d’un qui luy rendit jusqu’a la mort touts les services et les secours qu’il en pouvoit esperer. Ce Pere suivit les Outaouas au lac des Illinoets, et dans leur fuitte dans la Louisianne jusqu’au-dessus de la Riviere Noire. Ce fut la qu’il n’y eust qu’un seul Francois qui tint compagnie a ce missionnaire et que tous les autres le quitterent. Ce Francois dis je suivoit attentivement la route et faisoit son portage dans les mesmes endroits que les Outaouas; ne s’ecartant jamais de la mesme riviere qu’eux. Il se trouva, un jour [Aout 1661], dans un rapide qui l’entrainoit dans son cannot; le Pere pour le soulager debarqua du sien, et ne prit pas le bon chemin pour venir a luy; il s’engagea dans celuy qui estoit battu des animaux, et voulant retomber dans le bon, il s’embarrassa dans un labyrinthe d’arbres et s’egara. Ce Francois apres avoir surmonte ce rapide avec bien de la peine, attendit ce bon Pere, et comme il ne venoit point, resolut de l’aller chercher. Il l’appella dans les bois de touttes ses forces, pendant plusieurs jours, esperant de le decouvrir, mais inutilement. Cependant il fit rencontre en chemin d’un Sakis qui portoit la chaudiere du missionnaire; qui luy aprist de ses nouvelles. Il l’asseura qu’il avoit trouve sa piste bien avant dans les terres, mais qu’il n’avoit pas vue le Pere. Il luy dit qu’il avoit aussy trouve la trace de plusieurs autres qui alloient vers les Scioux. Il luy declara mesme qu’il s’imaginoit que les Scioux l’auroient pu tuer ou qu’il en auroit este pris. En effet, on trouva, plusieurs annees apres, chez cette nation, son breviaire et sa soutanne, qu’ils exposoient dans les festins en y vouant leurs mets, ... chasser du costez des Scioux, car Chagouamikon n’en est eloigne, coupant par les terres en ligne direct, que de cinquante a soixante lieues, ...

... on luy donna pour second M. de Lude [du Lhut] qu’il envoya avertir [1684] a Kamalastigouia, au fond du lac Superieur, ou estoit son poste(9)....

Je fus envoye a cette baye [des Puans, poste de Saint Francois Xavier], charge d’une commission pour y commander en chef et dans les pays plus eloignes du coste du ouest, et de ceux mesme que je pourrois decouvrir [1685]....