Je vous assure ne connoitre aucun de ces Messieurs & n’avoir jamais authorise qui que ce soit a faire, en mon nom, de pareilles ouvertures, que mon horreur seule pour la calomnie me feroit detester.
Je vous interpelle donc, M. le Docteur, de declarer au public le nom du temeraire qui s’est servi du mien pour faire ces ouvertures odieuses. Ces Messieurs que vous avez denonce comme vos temoins, ne peuvent vous refuser de venger leur veracite & la votre.
Quoique je ne puisse m’empecher de louer votre droiture qui cite ses auteurs, cependant il me paroit de la derniere imprudence, dans une affaire d’une pareille gravite, de vous fonder sur un raport pour nommer publiquement un homme de mon caractere, sans l’avoir auparavant consulte. Si vous vous etiez souvenu du dementi que j’ai donne dans le S. James’s Chronicle du 25 Octobre 1766, No. 881, a un avertissement du meme papier, No. 875, qui portoit en substance ce que vous alleguez dans votre derniere lettre, vous m’auriez epargne la peine de vous repondre aujourdhui. Qu’en va-t-il arriver? Le public aura lu avidement votre lettre, aura ajoute foi a son contenu parceque vous en appellez a mon evidence: Mais qu’en pensera t-il maintenant? quand votre interet, mon honneur & la verite m’obligent a nier ce que vous y avancez a mon sujet.
Il en est de meme de ce que vous pretendez que “vers le 17 Mai 1765, M. Fitzherbert vous auroit dit savoir qu’on m’avoit fait des propositions de vendre pour une somme d’argent les papiers qui etoient entre mes mains.”
Je me suis toujours flatte de l’estime & de l’amitie des Anglois avec lesquels j’ai vecu. Qui d’eux dans ces sentimens auroit ose me temoigner assez de mepris pour me faire une pareille proposition? L’injure m’en auroit ete d’autant plus sensible que le caractere de la personne auroit ete plus respectable.
Je ne vous suivrai, Monsieur, ni dans les demarches que vous avez cru devoir faire, ni dans les raisonnemens dont vous vous servez pour les appuier: Ceux-ci montrent l’orateur & celles-la, si elles sont fondees, preuvent le patriote. Mais je vous atteste ici, sur ma parole d’honneur & a la face du public, que je ne puis vous etre d’aucune utilite, que je ne suis jamais entre en marche pour la vente de mes papiers, & que je n’ai jamais, ni par moi-meme ni par aucun agent autorise de ma part, propose de fait voir que la paix avoit ete vendue a la France.
Si Milord Halifax, ou l’orateur, auxquels vous dites vous etre addresse pour m’appeller en temoignage sur la validite de votre accusation, m’avoient fait citer; ils auroient connu par mes reponses que je pense que l’Angleterre a plutot donne de l’argent a la France, que la France de l’or a l’Angleterre pour conclure la derniere paix et que le bonheur que j’ai eu de concourir au salutaire ouvrage de cette paix m’a inspire les sentimens de la plus juste veneration pour les commissaires Anglois qui y ont ete emploies, & ceux de la plus vive estime & de la plus sincere admiration pour feu M. le Comte de Viry qui, par son attachement pour le bien des deux nations belligerantes & graces a son zele infatiguable, eut la gloire d’amener cette paix necessaire aux deux nations a une heureuse conclusion. Jugez maintenant, Monsieur, avec quelle solidite vous pouvois vous fonder sur moi pour rendre votre accusation evidente!
Je suis trop connu en Angleterre pour avoir eu besoin de cette reponse, si la franchise de votre lettre me n’avoit paru meriter que je vous empechasse de faire des demarches ulterieures qui ne pouroient tourner qu’a votre prejudice, puis qu’elles ne seroient fondees que sur de faux raports de mes actions. Pour vous mettre a meme d’etre aussi prudent que patriote, je signe cette lettre & vous y donne mon addresse, afin que, pour soutenir votre veracite, vous me donniez les moiens de convaincre publiquement les calomniateurs, qui ont ose se servir de mon nom, d’une maniere plus contraire encore a la verite des faits, qu’a la dignite avec lequelle, J’ai toujours soutenu mon caractere au millieu meme de la persecution de mes enemis.
J’ai l’honneur d’etre votre tres humble serviteur,