I. GENERAL RICARD’S CIRCULAR.
Le général Ricard, chef d’état-major du 2e corps d’armée en Espagne, à M. le général de division Quesnel.
Oporto, le 19 avril 1809.
Mon général,
Son Excellence M. le maréchal duc de Dalmatie m’a chargé de vous écrire pour vous faire connaître les dispositions que la grande majorité des habitants de la province du Minho manifestent.
La ville de Braga, qui une des premières s’était portée à l’insurrection, a été aussi la première a se prononcer pour un changement de système, qui assurât à l’avenir le repos et la tranquillité des familles, et l’indépendance du Portugal. Le corrégidor que son Excellence avait nommé s’était retiré à Oporto lors du départ des troupes françaises, dans la crainte que les nombreux émissaires que Sylveira envoyait n’excitassent de nouveaux troubles, et n’attentassent à sa vie. Les habitants ont alors manifesté le vœu que ce digne magistrat leur fût renvoyé, et une députation de douze membres a été à cet effet envoyée près de Son Excellence. Pendant ce temps les émissaires de Sylveira étaient arrêtés et emprisonnés.
A Oporto, et à Barcelos, les habitants ont aussi manifesté les mêmes sentiments, et tous sentent la nécessité d’avoir un appui auquel les citoyens bien intentionnés puissent se rallier pour la défense et le salut de la patrie, et pour la conservation des propriétés. A ce sujet de nouvelles députations se sont présentées à Son Excellence, pour la supplier d’approuver que le peuple de la province du Minho manifestât authentiquement le vœu de déchéance du trône de la maison de Bragance, et qu’en même temps S. M. l’Empereur et roi fût suppliée de désigner un prince de sa maison, ou de son choix, pour régner en Portugal, mais qu’en attendant que l’Empereur ait pu faire connaître à ce sujet ses intentions, Son Excellence le duc de Dalmatie serait prié de prendre les rênes du gouvernement, de représenter le souverain, et de se revêtir de toutes les attributions de l’autorité suprême: le peuple promettant et jurant de lui être fidèle, de le soutenir et de le défendre aux dépens de la vie et de la fortune contre tout opposant, et envers même les insurgés des autres provinces, jusqu’à l’entière soumission du royaume.
Le maréchal a accueilli ces propositions, et il a autorisé les corrégidors des Comarques à faire assembler les Chambres, à y appeler des députés de tous les ordres, des corporations, et du peuple dans les campagnes, pour dresser l’acte qui doit être fait, et y apposer les signatures de l’universalité des citoyens. Il m’a ordonné de vous faire part de ces dispositions, pour que, dans l’arrondissement où vous commandez, vous en favorisiez l’exécution, et qu’ensuite vous en propagiez l’effet sur tous les points du royaume, où vous pourrez en faire parvenir la nouvelle.
M. le Maréchal ne s’est pas dissimulé qu’un évènement d’aussi grande importance étonnera beaucoup de monde et doit produire des impressions diverses; mais il n’a pas cru devoir s’arrêter à ces considérations: son âme est trop pure pour qu’il puisse penser qu’on lui attribue aucun projet ambitieux. Dans tout ce qu’il fait il ne voit que la gloire des armes de Sa Majesté, le succès de l’expédition qui lui est confiée, et le bien-être d’une nation intéressante, qui, malgré ses égarements, est toujours digne de notre estime. Il se sent fort de l’affection de l’armée, et il brûle du désir de la présenter à l’Empereur, glorieuse et triomphante, ayant rempli l’engagement que Sa Majesté a elle-même pris, de planter l’aigle impériale sur les forts de Lisbonne, après une expédition aussi difficile que périlleuse, où tous les jours nous avons été dans la nécessité de vaincre.
Son Excellence ne s’est pas dissimulé non plus que depuis Burgos l’armée a eu des combats continuels à soutenir; elle a réfléchi sur les moyens d’éviter à l’avenir les maux que cet état de guerre occasionne, et elle n’en a pas trouvé de plus propre que celui qui lui est offert par la grande majorité des habitants des principales villes du Minho, d’autant plus qu’elle a l’espoir de voir propager dans les autres provinces cet exemple, et qu’ainsi ce beau pays sera préservé de nouvelles calamités. Les intentions de Sa Majesté seront plus tôt et plus glorieusement remplies, et notre présence en Portugal, qui d’abord avait été un sujet d’effroi pour les habitants, y sera vue avec plaisir, en même temps qu’elle contribuera à neutraliser les efforts des ennemis de l’Empereur sur cette partie du continent.