Que de l'eau claire & du pain bis Suffisent pour la nourriture De toute jeune Creature, Pourvu qu'elle ait de beaux habits.

Que sous le Ciel il n'est point de femelle Qui ne s'imagine être belle, Et qui souvent ne s'imagine encor Que si des trois Beautez la fameuse querelle, S'étoit demêlée avec elle Elle auroit eu la pomme d'or. Le Conte de Peau d'Asne est difficile à croire, Mais tant que dans le Monde on aura des Enfans, Des Meres & des Meres-grands, On en gardera la memoire.

LES SOUHAITS RIDICULES.

CONTE.

A MADEMOISELLE DE LA C.

Par Mr. Perrault, de L'Academie Françoise.


Si vous étiez moins raisonnable, Je me garderois bien de venir vous conter La folle & peu galante Fable, Que je m'en vais vous debiter. Une aune de Boudin en fournit la matiere. Une aune de Boudin, ma chere: Quelle pitié! c'est une horreur, S'écrieroit une Pretieuse, Qui toujours tendre & serieuse, Ne veut ouir parler que d'affaires de cœur.

Mais vous, qui mieux qu'autre qui vive, Sçavez charmer en racontant, Et dont l'expression est toujours si naïve, Que l'on croit voir ce qu'on entend, Qui sçavez que c'est la maniere Dont quelque chose est inventé, Qui beaucoup plus que la matiere, De tout recit fait la beauté, Vous aimerez ma Fable & sa moralité; J'en ai, j'ose le dire, une assurance entiere.

Il étoit une fois un pauvre Bucheron, Qui las de sa penible vie, Avoit, disoit-il, grande envie De s'aller reposer aux bords de l'Acheron, Representant dans sa douleur profonde, Que depuis qu'il étoit au monde, Le Ciel cruel n'avoit jamais Voulu remplir un seul de ses souhaits.