Plus il la voit plus il s'enflâme Des vives beautez de son ame. Il connoit en voyant tant de dons précieux, Que si sa Bergere est si belle, C'est qu'une legere étincelle, De l'esprit qui l'anime a passé dans ses yeux.

Il ressent une joye extréme, D'avoir si bien placé ses premieres amours, Ainsi sans plus tarder, il fit dés le jour même Assembler son Conseil & lui tint ce discours.

Enfin aux Loix de l'hyménée Suivant vos vœux je me vais engager, Je ne prens point ma femme en païs étranger. Je la prends parmi vous, belle, sage, bien née, Ainsi que mes ayeux ont fait plus d'une fois, Mais j'attendrai cette grande journée A vous informer de mon choix.

Dés que la nouvelle fut sçüe, Partout elle fut répanduë. On ne peut dire avec combien d'ardeur L'allegresse publique De tous côtez s'explique; Le plus content fût l'Orateur, Qui par son discours pathetique Croyoit d'un si grand bien être l'unique Auteur, Qu'il se trouvoit homme de consequence! Rien ne peut resister à la grande éloquence, Disoit-il sans cesse en son cœur.

Le plaisir fut de voir le travail inutile, Des Belles de toute la Ville Pour s'attirer & mériter le choix Du Prince leur Seigneur, q'un air chaste & modeste, Charmoit uniquement & plus que tout le reste, Ainsi qu'il l'avoit dit cent fois.

D'habit & de maintien toutes elles changerent, D'un ton devot elles tousserent, Elles radoucirent leurs voix, De demi pied les coëffures baisserent, La gorge se couvrit, les manches s'allongerent, A peine on leur voyoit le petit bout des doigts.

Dans la Ville avec diligence, Pour l'hymen dont le jour s'avance, On voit travailler tous les arts, Ici se font de magnifiques chars D'une forme toute nouvelle, Si beaux & si bien inventez, Que l'or qui par tout étincelle, En fait la moindre des beautez.

Là, pour voir aisément & sans aucun obstacle, Toute la pompe du spectacle, On dresse de longs échaffaux, Ici de grands Arcs triomphaux, Où du Prince guerrier se celebre la gloire, Et de l'amour sur lui l'éclatante victoire.

Là sont forgez d'un art industrieux, Ces feux qui par les coups d'un innocent Tonnerre, En effrayant la Terre, De mille astres nouveaux embellissent les Cieux.

Là d'un ballet ingenieux Se concerte avec soin l'agreable folie, Et là d'un Opéra peuplé de mille dieux, Le plus beau que jamais ait produit l'Italie, On entend repeter les Airs melodieux.