Enfin, du fameux hymené, Arriva la grande journée.
Sur le fond d'un Ciel vif & pur, A peine l'Aurore vermeille, Confondoit l'or avec l'azur, Que par tout en sursaut le beau sexe s'eveille; Le peuple curieux s'épand de tous côtez, En differens endroits des Guardes sont postez, Pour contenir la populace, Et la contraindre à faire place. Tout le Palais retentit de clairons, De flutes, de hautbois, de rustiques musettes, Et l'on n'entend aux environs Que des tambours & des trompettes. Enfin le Prince sort entouré de sa Cour, Il s'éleve un long cri de joye, Mais on est bien surpris quand au premier détour, De la forêt prochaine on voit qu'il prend la voye, Ainsi qu'il faisoit chaque jour. Voilà, dit-on, son penchant qui l'emporte, Et de ses passions, en dépit de l'amour, La Chasse est toûjours la plus forte.
Il traverse rapidement Les guerets de la plaine, & gagnant la montagne, Il entre dans le bois au grand étonnement De la Troupe qui l'accompagne. Après avoir passé par différens détours, Que son cœur amoureux se plaît à reconnaître, Il trouve enfin la cabane champêtre Où logent ses tendres amours.
Griselidis de l'hymen informée, Par la voix de la Renommée, En avoit pris son bel habillement; Et pour en aller voir la pompe magnifique De dessous sa case rustique Sortoit en ce même moment.
Où courez-vous, si prompte & si legere? Lui dit le prince en l'abordant, Cessez de vous hâter, trop aimable Bergere, La Nopce où vous allez, & dont je suis l'Epoux, Ne saurait se faire sans vous.
Oüi, je vous aime, & je vous ai choisie Entre mille jeunes beautez Pour passer avec vous le reste de ma vie. Si toutefois mes vœux ne sont pas rejettez.
Ah! dit-elle, Seigneur, je n'ai garde de croire Que je sois destinée à ce comble de gloire, Vous cherchez à vous divertir. Non, non, dit-il, je suis sincere, J'ai deja pour moi vôtre Pere. (Le Prince avoit eu soin de l'en faire avertir) Daignez Bergere y consentir, C'est-là tout ce qui reste à faire. Mais afin qu'entre nous une solide paix Eternellement se maintienne, Il faudroit me jurer que vous n'aurez jamais D'autre volonté que la mienne.
Je le jure, dit-elle, & je vous le promets; Si j'avois épouzé le moindre du Village, J'obeïrois, son joug me serait doux, Hélas! combien donc davantage, Si je viens à trouver en vous, Et mon Seigneur et mon Epoux.
Ainsi le Prince se déclare, Et pendant que la Cour applaudit à son choix, Il porte la Bergere à souffrir qu'on la pare Des ornemens qu'on donne aux Epouzes des Rois. Celles qu'à cet emploi leur devoir interesse, Entrent dans la Cabane, & là diligemment Mettent tout leur savoir & toute leur adresse A donner de la grace à chaque ajustement. Dans cette hutte où l'on se presse, Les Dames admirent sans cesse Avec quel art la pauvreté S'y cache sous la propreté; Et cette rustique Cabane, Que couvre & refraichit un spacieux Platane, Leur semble un séjour enchanté.
Enfin, de ce Reduit sort pompeuse & brillante La Bergere Charmante, Ce ne sont qu'applaudissemens Sur sa beauté, sur ses habillemens; Mais sous cette pompe étrangere, Déja plus d'une fois le Prince a regretté Des ornemens de la Bergere L'innocente simplicité.