On a déjà vu qu’elle répondoit à tout ce qui avoit recours à elle: qu’elle ne se mêloit de rien; et que ce qui l’approchoit de bien près n’avoit pas peu à essuyer de cette prodigieuse inconstance naturelle, qui, sans autre cause, changeoit si souvent ses goûts, ses inclinations, ses volontés. Les remèdes qu’on y cherchoit y étoient des poisons. L’unique parti à prendre étoit de glisser, de se tenir plus réservé, plus à l’écart, comme on se met à couvert de la pluie en se détournant un peu de son chemin. Quelquefois elle se rapprochoit et se rouvroit d’elle-même, comme d’elle-même elle s’étoit fermée et éloignée, sinon il n’y avoit point de ressource à espérer. Ces mutations, qui étoient également en gens et en choses, étoient accablantes pour les ministres, pour les personnes qui se trouvoient en quelque commerce d’affaires avec elle, et pour les femmes dont, en très petit nombre et très rare, elle s’étoit imaginée de vouloir régler la conduite. Ce qui lui plaisoit hier, pas plus loin que cela, étoit un démérite aujourd’hui; ce qu’elle avoit approuvé, même suggéré, elle le blâmoit ensuite, tellement qu’on ne savoit jamais si on étoit digne d’amour ou de haine. C’eût été se perdre de lui montrer en excuse cette variation, qui s’étendoit, sur ces personnes choisies, jusqu’à leur manière de s’habiller et de se coiffer, et personne de tout ce qui à divers titres l’a approchée de près n’a été exempt, plus ou moins, de ces hauts et bas insupportables. La domination et le gouvernement furent les seules choses sur lesquelles elle n’en eut jamais.
CHÂTEAU DE VERSAILLES—PART OF THE FIRST STORY
After Blondel
| C | Salons. | |
| F | Apartments of Mme de Maintenon. | |
| H | Great Hall of the Guard. | |
| I | Hall of the Queen’s Guard. | |
| J | The Queen’s apartments, later those of the Duchesse de Bourgogne. | |
| L | ||
| M | ||
| K | Vestibule. | |
| N | Salon de la Paix. | |
| O | Great Gallery. | |
| P | Salon de la Guerre. | |
| Q | Salon d’Apollon or du Trône. | |
| R | Chambre du lit, later Salle de Mercure. | |
| S | Ball-room, later Salle de Mars. | |
| T | Billiard-room, later Salle de Diane. | |
| U | Salle, later Salle de Vénus. | |
| V | Salon de l’Abondance. | |
| X | Cabinet of Medals. | |
| Z | Ambassadors’ staircase. | |
| Z1 | Small gallery. | |
| a | Queen’s staircase. | |
| b | Salle used as a passage. | |
| c | Hall of the King’s Guard. | |
| d | Antechamber. | |
| e | Great antechamber, later the Œil de Bœuf. | |
| f | Bedroom of Louis XIV. | |
| g | Cabinet du Roi. | |
| h | Cabinet des Perruques ou des Termes. | |
| i | Billiard-room. | |
| j | Cabinet des Agates. | |
| k | ||
| l | Oval Salon. | |
| 11 | Cour de service. | |
| 12 | Cour de la Reine. | |
| 13 | Cour de marbre. | |
| 14 | Cour des cerfs. | |
L’appartement de Mme de Maintenon étoit de plein pied et faisant face à la salle des gardes du Roi. L’antichambre étoit plutôt un passage, long en travers, étroit jusqu’à une autre antichambre toute pareille de forme, dans laquelle les seuls capitaines des gardes entroient, puis une grande chambre très profonde. Entre la porte par où on y entrait de cette seconde antichambre et la cheminée étoit le fauteuil du Roi, adossé à la muraille, une table devant lui, et un ployant autour pour le ministre qui travailloit. De l’autre côté de la cheminée, une niche de damas rouge et un fauteuil où se tenoit Mme de Maintenon, avec une petite table devant elle; plus loin, son lit dans un enfoncement; vis-à-vis les pieds du lit, une porte et cinq marches à monter; puis un fort grand cabinet, qui donnoit dans la première antichambre de l’appartement de jour de Mgr le duc de Bourgogne, que cette porte enfiloit, et qui est aujourd’hui l’appartement du cardinal Fleury. Cette première antichambre ayant à droite cet appartement, et à gauche ce grand cabinet de Mme de Maintenon, descendoit, comme encore aujourd’hui, par cinq marches dans le salon de marbre contigu au palier du grand degré du bout des deux galeries, haute et basse, dites de Mme la duchesse d’Orléans et des Princes. Tous les soirs, Mme la duchesse de Bourgogne jouoit dans le grand cabinet de Mme de Maintenon avec les dames à qui on avoit donné l’entrée, qui ne laissoit pas d’être assez étendue, et de là entroit tant et si souvent qu’elle vouloit dans la pièce joignante, qui étoit la chambre de Mme de Maintenon, où elle étoit avec le Roi, la cheminée entre eux deux. Monseigneur, après la comédie, montoit dans ce grand cabinet, où le Roi n’entroit point, et Mme de Maintenon presque jamais.
Avant le souper du Roi, les gens de Mme de Maintenon lui apportoient son potage avec son couvert, et quelque autre chose encore. Elle mangeoit, ses femmes et un valet de chambre la servoient, toujours le Roi présent, et presque toujours travaillant avec un ministre. Le souper achevé, qui étoit court, on emportoit la table; les femmes de Mme de Maintenon demeuroient, qui tout de suite la déshabilloient en un moment et la mettoient au lit. Lorsque le Roi étoit averti qu’il étoit servi, il alloit dire un mot à Mme de Maintenon, puis sonnoit une sonnette qui répondoit au grand cabinet. Alors Monseigneur, s’il y étoit, Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne, M. le duc de Berry, et les dames qui étoient à elle entroient à la file dans la chambre de Mme de Maintenon, ne faisoient presque que la traverser, précédoient le Roi, qui alloit se mettre à table, suivi de Mme la duchesse de Bourgogne et de ses dames. Celles qui n’étoient point à elle, ou s’en alloient, ou si elles étoient habillées pour aller au souper, car le privilège de ce cabinet étoit d’y faire sa cour à Mme la duchesse de Bourgogne sans l’être, elles faisoient le tour par la grand’salle des gardes, sans entrer dans la chambre de Mme de Maintenon. Nul homme, sans exception que de ces trois princes, n’entroit dans ce grand cabinet[105].
III
THE DAILY LIFE OF LOUIS XIV[106]
Après avoir exposé avec la vérité et la fidélité la plus exacte tout ce qui est venu à ma connoissance par moi-même, ou par ceux qui ont vu ou manié les choses et les affaires pendant les vingt-deux dernières années[107] de Louis XIV, et l’avoir montré tel qu’il a été, sans aucune passion, quoique je me sois permis les raisonnements résultant naturellement des choses, il ne me reste plus qu’à exposer l’écorce extérieure de la vie de ce monarque, depuis que j’ai continuellement habité à sa cour.
Quelque insipide et peut-être superflu qu’un détail, encore si public, puisse paroître après tout ce qu’on a vu d’intérieur, il s’y trouvera encore des leçons pour les rois qui voudront se faire respecter et qui voudront se respecter eux-mêmes. Ce qui m’y détermine encore, c’est que l’ennuyeux, je dirai plus, le dégoûtant pour un lecteur instruit de ce dehors public, par ceux qui auront pu encore en avoir été témoins, échappe bientôt à la connoissance de la postérité, et que l’expérience nous apprend que nous regrettons de ne trouver personne qui se soit donné une peine pour leur temps si ingrate, mais pour la postérité, curieuse, et qui ne laisse pas de caractériser les princes qui ont fait autant de bruit dans le monde que celui dont il s’agit ici. Quoique il soit difficile de ne pas tomber en quelques redites, je m’en défendrai autant qu’il me sera possible.