II[4]
DE L’EXCELLENCE DES MONITOIRES
PAR GASPARD BAILLY
Il ne favt pas mépriser les Monitoires, veu que c’est vne chose grandement importante, portant auec soy le glaiue, le plus dangereux dont nostre Mere sainte l’Eglise se sert, qui est l’Excommunication, qui taille aussi bien le bois sec que le verd, n’épargnant ny les viuans, ni les morts; et ne frappe pas seulement les Creatures raisonnables, mais s’attache aux irraisonnables, tels que sont les animaux. Les exemples en sont fréquens, pour preuue de cette verité. Car on a veu en plusieurs endroits qu’on a excommunié les bestioles et insectes, qui apportoient du dommage aux fruits de la terre, et obeïssans aux commandemens de l’Eglise se retiroient dans le lieu ordonné par la sentence de l’Euesque qui leur formoit leur procès. Au Siecle passé, il y auoit telle quantité d’Anguilles dans le Lac de Geneue, qu’elles gastoient tout le Lac: De sort que les Habitans de la Ville et enuirons, recoururent à l’Euesque pour les Excommunier, ce qu’ayant esté fait, le Lac fut deliuré de ces animaux.
Du temps de Charles Duc de Bourgogne fils de Philippe le Bon, il y eut telle quantité de Sauterelles en Bresse, en Italie qu’elles mirent presque la famine dans tout le Mantoüan, si on n’y eût apporté du secours par l’Excommunication, et de ce nous parle Altiat dans ses Emblémes, sous l’intitulation nihil reliqui.
Scilicet hoc deerat post tot mala denique nostris,
Locustæ vt raperent, quidquid inesset agris.
Uidimus innumeras Euro Duce tendere turmas;
Qualia non Athilæ, Castrave Cersis erant.
Hæ fænum milium farra omnia consumpserunt;
Spes in Augusto est, stant nisi vota super.
On raconte en la vie de S. Bernard, qu’il se leua vne si grande quantité de Mouches, d’vne Eglise qu’on auoit basti à Loudun, que par le myen du bruit qu’elles faisoient, elles empéchoient à ceux qui entroient de prier Diev, ce que voyant le S. Personage il les Excommunia, de sorte qu’elles tomberent toutes mortes ayant couuert le paué de l’Eglise.
Nous lisons qu’en l’année 1541, il y eut vne telle quantité de Sauterelles en Lombardie, qui tomberent d’vne nuëé; qu’ayant mangé les fruits de la terre, elles causerent la famine en ces lieux-la. Elles estoient longues d’vne doigt, grosse teste, le ventre remply de vilenie et ordure; lesquelles estant mortes infecterent l’Air de si mauuaises odeurs, que les Courbeaux et autres animaux carnassiers ne les pouuoient supporter.
On dit aussi qu’en Pologne il y eut aussi telle quantité de ces animaux au commencement sans aisles, et apres ils en eurent quatre, qu’ils couuroient deux mille, et d’vne coudée d’auteur, et tellement épaisses qu’en volant elles leuoient la veüe de la clarté du Soleil, ces animaux firent un dégat non-pareil aux biens de la terre, et ne purent estre chassés par autre force ny industrie, que par la malediction Ecclesiastique.