Lors des premières armamens faits dans la province, pour opposer des forces à une expédition supposée de la part du Portugal, un François établi à Caixas, compris dans une mesure générale fut obligé d'autorité de délivrer une partie d'armes dont il ne recût jamais la valeur, malgré un sejour prolongé de plusieurs mois dans le même endroit. Quelque modique que soit la somme qu'il s'est vu dans la nécessité de venir reclâmer ici, elle est proportionnée à ses moyens. C'est un tort évident fait à cet homme qui ne put continuer à exercer son industrie dans le lieu qu'il avoit choisi, et fut contraint à un déplacement coûteux qui doit lui retirer toute confiance à l'avenir.
L'arrivée des troupes envoyées par le Président pour réprimer un mouvement dans l'intérieur immédiatement après le départ de M. José Felix Burgos, ne fut signalée dans la ville d'Alcantara que par des désordres, les Etrangers même n'y furent pas respectés dans cet endroit, qui n'étoit pas encore le théâtre des hostilités. Un homme de ma Nation y exerçant paisiblement son commerce fut attaqué chez lui, eut les portes de sa maison enfoncées par les soldats, fut temoin deux fois du pillage de sa boutique et forcé pour sauver ses jours d'aller séjourner dans le bois; ce malheureux n'a d'autre ressource maintenant que le travail de ses mains, ce fait contre lequel il eut été de mon devoir de reclâmer vient seulement de parvenir à ma connoissance.
Les François établis en cette ville avoient joui jusqu'à l'arrivée dans l'île des troupes armées contre le Président d'une trop grande sécurité, pour ne pas révailler contre eux toute la haine dont avoit eut fait preuve déjà les Portugais avant l'adhésion de cette province a l'Empire du Brésil. Un acte émané de leur despotique Junte avoit malgré les traités fait fermer les loges Françoises jusqu'à la reception des ordres précis de leur gouvernement, qui désapprouvait hautement cette mesure. Ces mêmes Portugais oubliant la générositie avec laquelle les commandants de trois bâtimens de Sa Majesté le Roi de France venoient de sauver un grand nombre de leurs compatriotes lors des derniers troubles du Parà, n'écoutant que leur jalousie ne s'efforcèrent qu'à nous perdre dans l'opinion publique par le plus noires inculpations. Je les considère comme ayant influé puissament sur le malhereux évènement que j'ai eu à dèplorer. Malgré l'avertissement que j'avois donné huit jours auparavant au Président de la menace qui étoit faite aux François de leur faire subir le genre d'assassinat usité ici, le 21 Septembre, quatre François été surpris par des assassins, deux furent très maltraités, l'un atteint de plusieurs blessures à la tête et au bras fut reconduit chez lui baigné dans son sang; ses blessures au bras, fracturé en deux endroits laissent encore douter après 70 jours de douleurs aigues s'il ne devra par subir l'amputation. Le même jour à la même heure, un François fut attaqué chez lui malgré le signe de reconnaisance qui distingue depuis les troubles les maisons des François; des pierres lancées dans sa porte et ses fenêtres pendant un long espace de temps, l'obligèrent à venir lui-même dissiper par des menaces une troupe d'hommes qu'il espéroit ne pas voir échapper à la surveillance d'un porte militaire à proximité de sa maison.
M'étant rendu chez le Président, lui demander d'abord la punition de ce crime atroce, il eut l'inconvenance de m'objecter que la conduite des François étoit très repréhensible, je remarquoi ces paroles et le lui fis observer; elles ne pouvoient s'appliquer d'ailleurs qu'à deux individus passés au service du parti opposé, que j'étois venu desavouer lui en demandant expulsion. Le Président repondant se rendit à ma demande, et me donna l'espoir d'avoir une satisfaction, tant pour l'attentat à la vie des quatre individus de ma Nation, que pour l'attaque du domicile d'un François.
Néanmoins les jours suivants les désordres continuerant, les François étoient outragés publiquement; un soldat eut l'audace de poursuivre mon negre dans la maison Consulaire et de l'y frapper en se repondant en invectives contre les François; un enfant de neuf ans fut horriblement maltraité par des soldats, jusqu'aux négres osoient lever la tête, et nous insulter. Mr. Bruce avoit-il pris du mesures de repression? Est-ce la protection que devoit en attendre l'Agent d'une puissance amie du Brésil? En butte à l'animositie d'une soldatesque indisciplinée, nous courûmes pendant quinze jours le danger le plus imminent, nous attendant à tout instant à voir se réaliser ses menaces de venir nous massacre dans nos maisons.
J'ai eu depuis à reclamer contre le violation d'un batimen du commerce François. Malgré trois gardes de la Douane, cinq soldats armés furent envoyés à son bord à neuf heures du soir; je les fis retirer le lendemain; ce dernier acte du Président qui des lors commença à ne plus garder aucuns ménagemens avec moi, faisant incarcerer un des mes nationaux sans m'en donner avis ainsi que des motifs qui l'y portoient; le pavilion du Roi placé au dessus de l'Écusson de France, que je trouvai lacéré, me firent prévoir que je n'avois plus rien à attendre de la protection de l'autorité.
Monsieur le Marquis, je me suis maintenu à mon poste malgré les dangers tant que j'ai eu l'espoir que l'arrivée de Votre Excellence si desirée de la population entière de la province, viendroit nous délivrer de ce déplorable état de choses. Sans connaître les intentions de Votre Excellence, je vois Mr. Bruce encore président, non-seulement il ne m'a donné aucune satisfaction, mais encore apporte dans sa conduite, le mépris le plus marqué par un fileure qui ne pent s'interprêter autrement.
C'est donc contre lui, Monsieur le Marquis, que je vieus en solliciter une aujourd'hui pour ce total oubli de ses devoirs envers un Agent de Sa Majesté très Chrétienne; cette conduite emporte le refus d'aucun appui de sa part pour l'avenir; d'ailleurs mon caractère publique m'impose de ne pas m'exposer à un outrage, et l'intérêt que je dois à mes nationaux de les soustraire à son implacable vengeance. Si Votre Excellence ne jugeoit pas convenable d'user de ses pleins pouvoirs pour m'accorder la seule garantie qui puisse me permettre de séjourner plus longtemps ici, je viens lui demander de protéger mon embarquement et celui des François qui restant encore à Maragnon.
Je suis, avec respect, Monsieur le Marquis, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur,
(Signé) PL. DES SALLIERES.