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M. LANGER AT WOLFENBUTTEL.

This letter is apparently written to M. Langer, the Librarian of the Ducal Library of Wolfenbuttel. A translation of part of it was found with Gibbon's manuscript of the Antiquities of the House of Brunswick, and published by Lord Sheffield (Gibbon's Miscellaneous Works, vol. iii. pp. 353-558).

À Rolle, ce 12 Octobre, 1790.

Je vous aurois plutot remercié, Monsieur, des soins obligeans que vous avez bien voulû vous donner pour me procurer les Origines Guelficæ,[155] si d'un côté notre honnête libraire Mr. Pott ne m'avoit pas appris que vous etiez en voyage, si de l'autre je n'avois pas été moi même en proye à l'acces de goutte le plus rigoureux et le plus long que j'aye encore éprouvé.

Nous revoici à present dans notre état ordinaire, je marche, et vous ne courez plus. Je vous suppose bien etabli, bien enfoncé dans votre immense bibliotheque dans un endroit qui fournit peut-être un choix plus étendu et plus interessant des morts que des vivans. Comme vous êtes également propre à vivre avec les uns et les autres, je desirerois pour votre bonheur aussi bien que pour celui de vos amis, que vous pûssiez enfin executer comme moi le projet de chercher une douce retraite sur les bords du lac Leman. Il s'en faut de beaucoup que vous n'y soyez oublié: nous parlons souvent de vous surtout dans la famille de Severy, nous regrettons votre absence et en nous rappellant l'aimable franchise, la vivacité piquante de l'Esclave, nous cherisons l'esperance de vous revoir parmi nous en homme libre, ne dependant que de vos gouts et pouvant vous donner tout entier aux lettres et à la societé.

Vous aurez sans doute appris la perte irreparable que j'ai faite du pauvre Deyverdun. En vertu de son testament et de mes arrangemens avec son heritier Mr. le Major de Montagny, je me suis assuré ma vie durant la jouissance de sa maison et de son jardin. Vous en connoissez tous les agrémens qui se sont encore augmentés par une dépense assez considerable et assez bien tendu que j'y ai faité depuis sa mort. Je dois être content de ma position mais on ne peut pas remplacer un ami de trente ans. Votre curiosité, peut-être votre amitié, desirera de connoitre mes amusemens, mes travaux, mes projets pendant les deux ans qui se sont écoulé depuis la dernière publication de mon grand ouvrage. Aux questions indiscretes qu'on se permet trop souvent vis-à-vis de moi, je responds avec une mine renfrognée et d'une manière vague, mais je ne veux rien avoir de caché pour vous et pour imiter la franchise que vous aimez, je vous avouerai naturellement que ma confidence est fondée en partie sur le besoin que j'aurai de votre secours.

Après mon retour d'Angleterre les premiers mois ont été consacrés à la jouissance de ma liberté et de ma bibliotheque, et vous ne serez pas étonné si j'ai renouvellé une connoissance familière avec vos auteurs Grecs et si j'ai fait vœu de leur reserver tous les jours une portion de mon loisir. Je passe sous silence ces tristes momens dans lesquels je n'ai été occupé qu'à soigner et à pleurer mon ami: mais dès que j'ai commencé à me retrouver un esprit moins agile, j'ai cherché à me donner quelque distraction plus forte et plus interessante que la simple lecture. Le souvenir de ma servitude de vingt ans m'a cependant effrayé et je me suis bien promis de ne plus m'embarquer dans une entreprise de longue haleine que je n'acheverois vraisemblablement jamais. Il vaut bien mieux, me suis je dit, choisir, dans tous les pays et dans tous les siecles, des morceaux historiques que je traiterai separément suivant leur nature et selon mon gout. Lorsque ces opuscules (je pourrai les nommer en Anglais, Historical Excursions) me fourniront un volume, je le donnerai au public: ce don pourroit etre renouvellé jusqu'a ce que nous soyons fatigués ou ce public ou moi même: mais chaque volume, complet par lui même, n'exigera point de suite, et au lieu d'être borné comme la diligence au grand chemin, je me promenerai librement dans le champ de l'histoire en m'arrêtant partout où je trouve des points de vue agreables. Dans ce projet je ne vois qu'un inconvenient,—un objet interessant s'étend et s'aggrandit sous le travail: je pourrois être entrainé au dela de mes bornes, mais je serai doucement entrainé sans prevoyance et sans contrainte.