THE HISTORY OF THE GUELFS.

Mes soupçons ont été vérifiés dans le choix de ma première excursion. Ce que j'avois si bien prevu n'a pas manqué d'arriver à mon premier choix et ce choix vous expliquera pourquoi j'ai demandé avec tant d'empressement les Origines Guelficæ. Dans mon histoire j'avois rendu compte de deux alliances illustres, d'un fils du Marquis Azo d'Este avec une fille de Robert Guiscard,[156] d'une princesse de Brunswick avec l'Empereur Grec. Un premier appercu de l'antiquité et de la grandeur de la maison de Brunswick a excité ma curiosité, et j'ai cru me pouvoir interesser les deux nations que j'estime le plus par les mémoires d'une famille qui est sortie de l'une pour regner sur l'autre. Mes recherches, en me devoilant la beauté de ce sujet, m'en ont fait voir l'étendue et la difficulté. L'origine des Marquis de Ligurie et peut-être de Toscane a été suffisament eclaircie par Muratori et Leibnitz; l'Italie du moyen age, son histoire et ses monumens, me sont très connus et je ne suis pas mécontent de ce que j'ai déjà écrit sur la branche cadette d'Este qui est demeurée fidelle a garder ses cendres casanières. Les anciens Guelfs ne me sont point étrangers, et je me crois en etat de rendre compte de la puissance et de la chute de leurs heritiers, les Ducs de Bavière et de Saxe.

La succession de la maison de Brunswick au trône de la Grande Bretagne sera très assurément la partie la plus interessante de mon travail; mais tous les materiaux se trouvent dans ma langue, et un Anglois devroit rougir s'il n'avoit pas approfondi l'histoire moderne et la constitution actuelle de son pays. Mais entre le premier Duc et le premier Electeur de Brunswick il se trouve un intervalle de quatre cent cinquante ans, je suis condamné à suivre dans les tenèbres un sentier étroit et raboteux, et les divisions, les sous divisions, de tant de branches et de territoires repandent sur ce sentier la confusion d'un labyrinthe Genealogique. Les événemens sans éclat et sans liaison sont bornés à une province d'Allemagne et ce n'est que vers la fin de cette periode que je serois un peu ranimé par la reformation, la guerre de trente ans, et la nouvelle puissance de l'Electorat. Comme je me propose de crayonner des Memoires et non pas de composer une histoire, je marcherois sans doute d'un pas rapide, je presenterois des resultats plutot que des faits, des observations plutot que des récits: mais vous sentez, combien un tableau general exige de connoissances particulières, combien l'auteur doit être plus savant que son livre.

Or cet auteur, il est à deux cent lieues de la Saxe, il ignore la langue et il ne s'est jamais appliqué à l'histoire de l'Allemagne. Eloigné des sources, il ne lui reste qu'un seul moyen pour les faire couler dans sa bibliotheque. C'est de se menager sur les lieux même un correspondant exact, un guide eclairé, un oracle enfin qu'il puisse consulter dans tous ses besoins. Par votre caractère, votre esprit, vos lumières, votre position, vous êtes cet homme precieux et unique que je cherche, et quand vous m'indiquerez un suppléant aussi capable que vous même je ne m'addresserois pas avec la même confiance à un étranger. Je vous accablerois librement de questions, et de nouvelles questions naitroient souvent de vos reponses; je vous prierois de fouiller dans votre vaste depôt; je vous demanderois des notices, des livres, des extraits, des traductions, des renseignements sur tous les objets qui peuvent intéresser mon travail. Mais j'ignore si vous êtes disposé à sacrifier votre loisir, vos études chéries à une correspondance pénible sans agrémens et sans gloire. Je me flatte que vous feriez quelque chose pour moi, vous feriez encore davantage pour l'honneur de la maison à laquelle vous êtes attaché, mais suis-je en droit de supposer que mes ecrits puissent contribuer de quelque chose à son honneur?

J'attends, Monsieur, votre reponse qu'elle soit prompte et franche. Si vous daignez vous associer à mon entreprise, je vous envoyerai sur le champ mon premier interrogatoire. Votre refus me decideroit à renoncer à mon dessein, ou du moins à lui donner une nouvelle forme. J'ose en même tems vous demander un profond secret: un mot indiscret seroit repeté par cent bouches et j'aurois le desagrement de voir dans les journaux, et bientôt dans les papiers Anglois, une annonce, peut-être défigurée, de mes projets littéraires, qui ne sont confiés qu'à vous seul.

J'ai l'honneur d'être,
E. G.


556.

To Lord Sheffield.