G. Courte Note sur la Géologie du Matterhorn. Par Signor F. Giordano, Ingénieur en Chef des Mines d’Italie, etc. etc.
Le Matterhorn ou Mont Cervin est formé depuis la base jusqu’au sommet de roches stratifiées en bancs assez réguliers, qui sont tous légèrement rélevés vers l’Est, savoir vers le Mont Rose. Ces roches quoiqu’évidemment d’origine sédimentaire ont une structure fortement cristalline qui doit être l’effet d’une puissante action de métamorphisme très développée dans cette région des Alpes. Dans la série des roches constituantes du Mont Cervin l’on peut faire une distinction assez marquée, savoir celles formant la base inférieure de la montagne, et celles formant le pic proprement dit.
Les roches de la base qu’on voit dans le Val Tournanche, dans le vallon de Z’Mutt, au col de Théodule et ailleurs, sont en général des schistes talqueux, serpentineux, chloriteux, et amphiboliques, alternant fort souvent avec des schistes calcaires à noyaux quartzeux. Ces schistes calcaires de couleur brunâtre alternent ça et là avec des dolomies, des cargueules, et des quartzites tégulaires. Cette formation calcaréo-serpentineuse est très étendue dans les environs. Le pic au contraire est tout formé d’un gneiss talqueux, souvent à gros éléments, alternant parfois à quelques bancs de schistes talqueux et quartzeux, mais sans bancs calcaires. Vers le pied ouest du pic, le gneiss est remplacé par de l’euphotide granitoïde massive, qui semble y former une grosse lentille se fondant de tous côtés dans le gneiss même. Du reste, les roches du Cervin montrent partout des exemples fort instructifs de passages graduels d’une structure à l’autre, résultant du métamorphisme plus ou moins avancé.
Le pic actuel n’est que le reste d’une puissante formation géologique ancienne, triasique peut-être, dont les couches puissantes de plus de 3500 mètres enveloppaient tout autour comme un immense manteau le grand massif granitoïde et feldspathique du Mont Rose. Aussi son étude détaillée, qui par exception est rendue fort facile par la profondeur des vallons d’où il surgit, donne la clef de la structure géologique de beaucoup d’autres montagnes des environs. On y voit partout le phénomène assez curieux d’une puissante formation talqueuse très cristalline, presque granitoïde, régulièrement superposée à une formation schisteuse et calcarifère. Cette même constitution géologique est en partie la cause de la forme aiguë et de l’isolement du pic qui en font la merveille des voyageurs. En effet, tandis que les roches feuilletées de la base, étant facilement corrodées par l’action des météores et de l’eau, ont été facilement creusées en vallées larges et profondes, la roche supérieure qui constitue la pyramide donne lieu par sa dureté à des fendillements formant des parois escarpées qui conservent au pic ce profil élancé, et caractéristique alpin. Les glaciers qui entourent son pied de tous les côtés, en emportant d’une manière continue les débris tombant de ses flancs, contribuent pour leur part à maintenir cet isolement de la merveilleuse pyramide qui sans eux serait peut-être déjà ensevelie sous ses propres ruines.
References to the Geological Section of the Matterhorn.
| I. | Gneiss talqueux quartzifère. Beaucoup de traces de foudres. |
|---|---|
| II. | Banc de 3 à 4 mètres de schistes serpentineux et talqueux verts. |
| III. | Gneiss talqueux à éléments plus ou moins schisteux, avec quelque lit de quartzite. |
| ” | Gneiss et micaschistes ferrugineux à éléments très fins, beaucoup de traces de foudre. |
| IV. | Gneiss alternant avec des schistes talqueux et à des felsites en zones blanches et grises. |
| V. | Petite couche de schistes serpentineux, vert sombre. |
| VI. | Gneiss et micaschiste avec zones quartzifères rubanées. |
| VII. | Gneiss talqueux à éléments schisteux. |
| VIII. | Id. id. verdâtre, porphyroïde à éléments moyens. |
| IX. | Gneiss talqueux granitoïde à gros éléments et avec des cristaux de feldspath. |
| X. | Schistes grisâtres. |
| XI. | Micaschistes ferrugineux. |
| XII. | Gneiss talqueux vert sombre. |
| XIII. | Gneiss et schistes quartzeux, couleur vert clair. |
| XIV. | Euphotide massive (feldspath et diallage) à éléments cristallins bien développés, traversée par des veines d’eurite blanchâtre. Cette roche forme un banc ou plutôt une lentille de plus de 500 mètres de puissance intercalée au gneiss talqueux.[270] |
| XV. | Gneiss talqueux alternant avec des schistes talqueux et micacés. |
| XVI. | Schistes compactes, couleur vert clair. |
| XVII. | Calcaire cristallin micacé (calcschiste) avec veines et rognons de quartz. Il alterne avec des schistes verts chloriteux et serpentineux. |
| XVIII. | Schistes verts chloriteux, serpentineux et talqueux, avec des masses stéatiteuses. |
| XIX. | Calcschistes (comme ci-dessus) formant un banc de plus de 100 mètres.[271] |
| XX. | Schistes verts chloriteux. |
| XXI. | Calcschistes (comme ci-dessus). |
| XXII. | Il suit ci-dessous une série fort puissante de schistes verts serpentineux, chloriteux, talqueux et stéatiteux alternant encore avec des calcschistes. En plusieurs localités les schistes deviennent très amphiboliques à petits cristaux noirs. Cette puissante formation calcaréo-serpentineuse repose inférieurement sur des micaschistes et des gneiss anciens. |
GEOLOGICAL SECTION OF THE MATTERHORN. (MONT CERVIN)
BY SIGNOR F. GIORDANO.