Margaret's letter to the Mother Superior Of The Order of the 'Annonciades' at Bruges

Ma mère, ma mie,—J'ay donné charge à ce porteur, que bien connaissés, aller vers vous et vous dire de mes nouvelles et ma bonne disposition depuis aucuns jours, aussi de scavoir de la vostre que desire estre telle que la voudrais pour moy. J'espère en se bon Dieu et sa glorieuse mère qui vous ayderont et garderont pour mieulx. Je luy ay donné ung mémoire pour vous dire et au Pater, vostre bon père, qui est de ma main propre, et cognoitrez par ycelluy mon intention; je désire que n'en soit faict grant bruit et pour bonne cause; et sur ce feray fin, vous priant faire à nostre bon père mes recommandations à ses bonnes prières, et semblablement à toutes mes bonnes filles, priant le Créateur et sa benoiste mère vous donner sa grâce et à moy aussy.

Signé: vostre bonne fille, Marguerite

De Malines.

Memorandum for Estienne my valet de chambre, concerning what he is to say
to the Pater and the Mère Ancille.

Premier, que je desire sur toute chose mestre ma religion en tel estat que pour jamés (jamais) ils n'aient grant povreté; mes qui puissent vivre sans mandier; et désire scavoir ce que se porteur leur demandera, au quel je fay se mémoyre; et premier scavoir s'il est besoing plus de rente et jusques à quelle somme: et que ne le praigne trop eschars; car à l'aide de Dieu je furniray à tout; et toute aultre chose que desireront, ils me le facent scavoir; car je suis délibérée y faire une bonne fin, à l'ayde de Dieu et de nostre bonne maistresse, sa glorieuse mère. Oultre plus dira à la mère Ancille, ma bonne mère, que je luy prie qu'elle face prier toutes mes bonnes filles à l'intention que je luy ay toujours dit; car le temps approche, puisque l'empereur vient, à qui, à l'ayde de Dieu, renderay bon comte de la charge et gouvernement que luy a pleu me donner; et ce faict, je me rendray à la voulenté de Dieu et de nostre bonne maistresse, vous priant, ma bonne mère, ma mie, que je ne soye oubliée aux vostres, et vous demouray tousiours vostre bonne fille,

Marguerite[172]

Margaret of Austria's last letter to her nephew the Emperor Charles V.

Monseigneur, l'heure est venue que ne vous puis plus escripre de ma main; car je me trouve en telle indisposition que doubte ma vie estre briefue, pourueue et reposée de ma conscience, et de tout résolue à receuoir ce qu'il plaira à Dieu m'enuoyer, sans regret quelconque, réserue (si ce n'est) de la priuation de vostre présence et de non vous pouuoir veoir et parler à vous encoires une fois auant ma mort, ce que (pour la doubte que dessud) suppléray, en partie, par ceste mienne lettre que crains sera la dernière qu'aurez de moi. Je vous ay institué mon héritier vniuersel, et pour le tout, aux charges de mon testament, l'accomplissement duquel vous recommande. Vous laisse vos pays de pardeca, que, durant vostre absence, n'ay seulement gardé comme les me laissâtes à vostre partement, mais grandement augmentez, et vous rendz le gouuernement d'iceulx, ouquel me cuyde estre léalement acquictée, et tellement que j'en espère rémunération diuine, contentement de vous, monseigneur, et gré de vos subjects, vous recommandant singulièrement la paix, et par espécial auec les roys de France et d'Angleterre. Et, pour fin, vous suplie, monseigneur, que l'amour qu'il vous a pleu pourter au poure corps soit mémoire du salut de l'âme et recommandation de mes poures seruiteurs et seruantes, vous disant le dernier adieu ouquel je supplie, monseigneur, vous donner prospérité et longue vie. De Malines, le dernier jour de novembre 1530,—Votre très-humble tante,

Marguerite[173]