Louis XIV disait: J’ai failli attendre!... et moi, princesse de Bouillon, petite-fille de Jean Sobieski... j’attends! (Souriant.) J’attends réellement... je ne peux pas me le dissimuler!... La Duclos m’a pourtant fait dire que son petit billet avait été remis au comte de Saxe lui-même dans une loge où il était seul... (Réfléchissent.) Seul!... est-ce bien vrai? N’est-ce pas pour une autre qu’il manque à ce rendez-vous, où je suis venue, où me voici?... On peut pardonner une infidélité, cela souvent ne dépend pas de nous; une impolitesse... jamais! Je n’ai pas été en ma vie une seule fois impertinente sans y avoir tâché... et réussi... (Se levant avec impatience.) Onze heures!... Monsieur le comte, vous arriviez le premier l’année dernière; voilà une heure de retard qui prouve que j’ai un an de plus! Malheur à elle, malheur à vous de me l’avoir rappelé! Je venais ici avec empressement, avec impatience, pour vous sauver, et vous me laissez le temps de réfléchir que je puis également vous perdre, que votre fortune politique est entre mes mains... c’est plus qu’ingrat, c’est maladroit... (Se levant et marchant vers le fond.) Allons!
SCÈNE II
La Princesse, Maurice, entrant par le fond
LA PRINCESSE, apercevant Maurice, qui vient d’entrer doucement derrière elle
Ah!... (Lui tendant la main.) Vous faites bien d’arriver!
MAURICE.
Mille excuses, princesse.
LA PRINCESSE, d’un air gracieux
Pas de reproches! D’autres ne songeraient qu’à leur dignité blessée, moi je ne songe (Souriant.) qu’au temps perdu sans vous voir. Il faut qu’à minuit je sois rentrée à l’hôtel.
MAURICE