Imaginez-vous qu’en quittant la Comédie-Française, il me sembla être suivi. Je pris plusieurs détours, plusieurs rues qui m’éloignaient de ce quartier, et je pensais avoir dérouté mes espions, lorsqu’en me retournant, j’aperçus, sur ce boulevard désert, deux hommes enveloppés de manteaux qui me suivaient à distance. Que voulez-vous? leur demandai-je. Ils ne répondirent que par la fuite, et quoiqu’ils courussent bien, je n’eusse pas manqué de les poursuivre et de les assommer, sans la crainte de vous faire attendre, princesse.
LA PRINCESSE, souriant
Je vous en remercie!... Cette aventure se lie peut-être à celle dont je voulais vous entretenir. J’ai été aujourd’hui, comme je vous l’avais promis, à Versailles... Marie Leckzinska, notre nouvelle reine, comme moi Polonaise, n’a rien à refuser à la petite-fille de Sobieski; elle a vu, à ma prière, le cardinal de Fleury, elle lui a parlé de l’affaire de Courlande.
MAURICE
O bonne et généreuse princesse! Eh bien?...
LA PRINCESSE
Eh bien, le cardinal aimerait mieux ne pas accorder les deux régiments qu’on lui demande; il voudrait être agréable à la jeune reine, et en même temps ne mécontenter ni l’Allemagne ni la Russie, que vous menacez, et avec qui nous sommes en paix.
MAURICE, avec impatience
Son avis, alors?
LA PRINCESSE