Cela ne vient pas de lui, c’est cette rivale qui l’aura forcé!
ADRIENNE, se levant avec indignation
Devait-il obéir? et tout esclave qu’il est, ne devait-il pas se révolter à l’idée seule d’insulter celle qu’il a aimée! (Retombant sur le fauteuil près de la cheminée en tenant à la main le bouquet de fleurs qu’elle regarde quelque temps en silence.) Fleurs d’un jour, hier si éclatantes, aujourd’hui flétries, vous qui aurez duré plus longtemps encore que ses promesses! pauvres fleurs, reçues par lui avec tant d’ivresse et de joie, vous ne pouviez plus rester sur ce cœur où il vous avait placées et dont une autre m’a bannie! Exilées et dédaignées comme moi, je cherche en vain sur vos feuilles la trace des baisers qu’il y imprimait!... que celui-ci soit le dernier que vous recevrez, celui d’un adieu éternel! (Elle porte avec force le bouquet à ses lèvres.) Oui... oui... il me semble que c’est celui de la mort! et maintenant... qu’il ne reste plus rien de vous, ni de mon amour...
(Elle jette le bouquet dans la cheminée.)
MICHONNET
Adrienne!... Adrienne!...
ADRIENNE, se levant et s’appuyant sur le marbre de la cheminée
Ne craignez rien! (Portant la main à son cœur.) Cela va mieux! (Regardant du côté de la cheminée.) Je suis forte maintenant... je n’y pense plus!...
SCÈNE III
Adrienne, Michonnet, Maurice, se précipitant par la porte du fond