MAURICE, à la cantonade et comme parlant à la femme de chambre qui veut le retenir
Elle y sera pour moi, vous dis-je! (Courant à Adrienne.) Adrienne!...
ADRIENNE, se jetant involontairement dans ses bras
Maurice!... (Voulant se dégager de ses bras.) Ah! qu’ai-je fait?... laissez-moi! laissez-moi!
MAURICE
Non, je viens tomber à tes pieds! je viens implorer mon pardon! si je ne t’ai pas suivie quand tu me l’ordonnais... c’est que j’étais retenu par le devoir, par l’honneur... par un bienfait dont le poids m’accablait... je le croyais du moins! et je ne voulais pas laisser finir cette journée sans dire à la princesse: «Je ne puis accepter votre or, car je ne vous aime pas, car je ne vous ai jamais aimée, car mon cœur est à une autre!...» Mais juge de ma surprise!... aux premiers mots que je lui adresse... en m’écriant: «Je sais tout! je sais tout!...» tremblante... éperdue... elle, qui ne tremble jamais... tombe à mes pieds et avec des larmes feintes ou véritables m’avoue que l’amour et la jalousie l’ont égarée, qu’elle seule est la cause de ma captivité!... elle ose me l’avouer... à moi qui pensais lui devoir ma délivrance...
ADRIENNE
O ciel!...
MAURICE, continuant avec chaleur
A moi qui, honteux et désespéré de ses bienfaits, venais implorer seulement quelques jours pour m’acquitter, dussé-je jouer mon sang et ma vie!... et j’étais libre... libre de la mépriser, de la haïr... de l’abandonner! libre de courir vers toi et de me réfugier à tes pieds!... ma protectrice, mon bon ange... m’y voici! (Tombant à ses genoux.) Ne me repousse pas!