LA COMTESSE. Taisez-vous!... vos flatteries me sont insupportables ... ingrat!... je ne vous parle pas seulement pour moi qui vous aime en soeur ... mais pour votre pauvre mère....

HENRI. Vous avez raison!... voyons, que dois-je faire?

LA COMTESSE. D'abord, répondre quand j'appelle Charles ... et ne pas dire: quoi? quand quelqu'un dit Henri.

HENRI. La vérité est que je n'y manque jamais.

LA COMTESSE. Puis, ne plus vous extasier devant les dessins de ma nièce, et ne pas répondre comme tout à l'heure: Je ne ferai plus que penser ce que j'ai dit! Hypocrite!... il[[39]] ne peut pas se décider à ne pas être charmant. Enfin, ne pas vous exposer, comme vous l'avez fait ce matin encore, malgré ma défense, en allant à Lyon. Mais, malheureux enfant! vous ne savez donc pas qu'il s'agit de vos jours?[[40]]

HENRI, gaiement. Bah!

LA COMTESSE. Tout est à craindre depuis l'arrivée du baron de Montrichard.

HENRI. Le baron de Montrichard!

LA COMTESSE. Oui ... le nouveau préfet ... il a la finesse d'une femme, il est rusé comme un diplomate, et avec cela actif, persévérant ... et pensez que c'est à moi peut-être qu'il doit sa nomination!

HENRI. Vous, comtesse? vous avez fait nommer un homme comme lui, dévoué pendant vingt ans, corps et âme, au Consulat et à l'Empire?[[41]]