IL VA NEIGER....
Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l'on m'avait demandé: qu'est-ce?
j'aurais dit: laissez-moi tranquille. Ce n'est rien.
J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j'étais bête parce que ces choses
ne pouvaient pas changer et que c'est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? C'est drôle;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,
et cependant nous les comprenons, et les pas
d'un ami sont plus doux que de douces paroles.
* * * * * * * *
If I at all rightly understand the words "vouloir chasser les choses que nous savons" they are an excellent warning against the pose of simplicity over-done that has been the end of Maeterlinck, and of how many other poets whose poetic machinery consists in so great part of pretending to know less than they do.
Jammes' poems are well represented in Miss Lowell's dilutation on Six French Poets, especially by the well-known "Amsterdam" and "Madame de Warens," which are also in Van Bever and Léautaud. He reaches, as I have said, his greatest verve in "Existences" in the volume "Le Triomphe de la Vie."
I do not wish to speak in superlatives, but "Existences," if not Jammes' best work, and if not the most important single volume by any living French poet, either of which it well may be, is at any rate indispensable. It is one of the first half dozen books that a man wanting to know contemporary French work must in-dulge in. One can not represent it in snippets. Still I quote "Le Poète" (his remarks at a provincial soirée):
Cest drôle.... Cette petite sera bête
comme ces gens-là, comme son père et sa mère.
Et cependant elle a une grâce infinie.
Il y a en elle l'lntelligence de la beauté.
C'est délicieux, son corsage qui n'existe pas,
son derrière et ses pieds. Mais elle sera bête
comme une oie dans deux ans d'ici. Elle va jouer.
(Benette joue la valse des elfes)
In an earlier scene we have a good example of his rapidity in narrative.
La Servante
Il y a quelqu'un qui veut parler à monsieur.
Le Poète
Qui est-ce?
La Servante
Je ne sais pas.
Le Poète
Un homme ou une femme?
La Servante
Un homme.
Poète
Un commis-voyageur, Vous me le foutez belle!
La Servante
Je ne sais pas, monsieur.
Poète
Faites entrer au salon.
Laissez-moi achever d'achever ces cerises.
(Next Scene)
Le Poète (dans son salon)
A qui ai-je l'honneur de parler, monsieur?
Le Monsieur
Monsieur, je suis le cousin de votre ancienne maîtresse.
Le Poète
De quelle maîtresse? Je ne vous connais pas.
Et puis qu'est-ce que vous voulez?
Le Monsieur
Monsieur, ecoutez-moi.
On m'a dit que vous êtes bon.
Poète
Ce n'est pas vrai.
La Pipe du Poète
Il me bourre avec une telle agitation
que je ne vais jamais pourvoir tirer de l'air.
Poète
D'abord, de quelle maîtresse me parlez-vous?
De qui, pretendez-vous? Non. Vous pretendez de
qui j'ai été l'amant?
Le Monsieur
De Néomie.
Poète
De Néomie,
Le Monsieur
Oui, monsieur.
Poète
Où habitez-vous?
Le Monsieur
J'habite les environs de Mont-de-Marsan.
Poète
Enfin que voulez-vous?
Le Monsieur
Savoir si monsieur serait
assez complaisant pour me donner quelque chose.
Poète
Et si je ne vous donne le pas, qu'est-ce que vous ferez?
Le Monsieur
Oh! Rien monsieur. Je ne vous ferai rien. Non....
Le Poète
Tenez, voila dix francs, et foutez-moi la paix.
(Le monsieur s'en va, puis le poète sort.)
The troubles of the Larribeau family, Larribeau and the bonne, the visit of the "Comtese de Pentacosa," who is also staved off with ten francs, are all worth quoting. The whole small town is "Spoon-Rivered" with equal verve. "Existences" was written in 1900.